Lançamento em francês da Plataforma Internacional do Anarquismo Revolucionário

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A publicação em 1º de maio de 2011 da Plataforma Internacional do Anarquismo Revolucionário é um marco para a sistematização e afirmação do anarquismo enquanto corrente do movimento de massas e como teoria sociológica. A sua publicação agora em mais um idioma é mais um passo nessa difícil e necessária jornada. A Plataforma foi fruto de um esforço que buscou não apenas olhar a história como peça de museu, referenciando ícones ou episódios sem fazer a sua justa análise, sem fazer as devidas críticas sobre os erros e acertos das correntes proletárias ao longo da história. Ao contrário, as organizações que subscrevem a Plataforma se colocaram na tarefa de analisar profundamente as teorias e experiências de revoluções e lutas proletárias (revolução russa, guerra civil espanhola e sindicalismo revolucionário na América Latina). O balanço histórico então dá lugar a aplicação da concepção bakuninista de teoria e revolução sobre o atual estágio de desenvolvimento do capitalismo e sobre a crise de organização da classe trabalhadora. Por fim, a Plataforma apresenta uma proposta programática e de organização internacional para os anarquista e para os trabalhadores na luta pelo socialismo e pela liberdade.

Temos hoje a felicidade, graças aos crescentes apoios ao bakuninismo, de lançar a Plataforma Internacional em francês e poder expandir a luta pela reorganização da nossa classe. Atualmente nós vemos ainda os partidos comunistas e socialistas assumindo papeis nefastos na estrutura do Estado capitalista, e também vemos equívocos profundos serem cometido por grupos anarco-comunistas, tal como apoio a partidos burgueses em eleições (recentemente no Chile e na Venezuela), que expressam nada mais do que o revisionismo, ou seja, a deturpação burguesa do Anarquismo. Com essa tradução em francês, é mais uma trincheira que se abre para a luta, e mais uma porta que se abre para o diálogo com camaradas do mundo inteiro. Aproveitamos para divulgar novamente as versões em Português e Espanhol. Boa leitura a todos/as!

Édition Française

Para ler em outros idiomas:

Edição Português   –   Edición Español

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Plate-forme Internationale de l’Anarchisme Révolutionnaire

1er mai 2011

Organisation populaire anarchiste révolutionnaire – Mexique
Union populaire anarchiste – Brésil

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Présentation

Aux ouvriers, à la paysannerie et aux travailleurs du secteur des services
Aux chômeurs et aux travailleurs de l’économie informelle
Aux travailleurs migrants dans toutes les régions du monde
Aux peuples amérindiens, nationalités, ethnies et minorités opprimées
À la jeunesse et aux femmes travailleuses

Introduction

La publication enjuin 1926, en France, d’un document intitulé “La plate-forme d’organisation des communistes libertaires” (signée par le groupe d’exilés russes Dielo Trouda), a causé un profond impact et malaise parmi les anarcho-communistes, les anarcho-syndicalistes et individualistes, spécialement en Europe.

Parmi ceux qui signaient le document étaient le paysan Nestor Makhno, chef principal de l’Armée Insurgente Makhnoviste, et Piotr Archinov, un ouvrier et guérillero, tous deux vétérans de la révolution et de la guerre civile russe (1917-1921). Le document convoquait à la réorganisation de l’anarchisme révolutionnaire, à la lutte idéologique contre l’individualisme désorganisateur et à la création d’une organisation anarchiste internationale.

Errico Malatesta, un des principaux anarcho-communistes de l’époque, s’est prononcé de façon claire et catégorique contre les présupposés établis par la Plate-forme: “Or l’organisation proposée étant typiquement autoritaire, non seulement elle ménagera la victoire du communisme anarchiste comme elle falsifiera l’esprit anarchiste et résultera dans le contraire de ce qu’attendent ses organisateurs”. Voline, un anarcho-communiste russe exilé en France, a écrit ceci: “En conclusion, le seul point original dans la Plate-forme est son révisionnisme vers le Bolchévisme, caché par les auteurs…”.

La Plate-forme d’organisation était un document qui signalait trois tâches fondamentales: le développement d’une théorie anarchiste en tant que base de l’organisation internationale; la plus grande précision de la stratégie et le programme global pour la révolution socialiste à partir de la critique de l’expérience de la dégénération bureaucratique de la révolution russe de 1917; la critique de la fonction que les anarchistes avaient accompli dans le mouvement de masses et la présentation d’une ligne révolutionnaire d’action.

Ces tâches posées par les auteurs de la Plate-forme d’organisation n’ont pas été réalisées. C’est dans cela qui résident, en grande partie, les raisons de la chute historique de l’anarchisme, lequel – ainsi que Makhno et Archinov avaient signalé – continuerait marginal par rapport aux luttes des masses paysannes et ouvrières dans le cas où il ne ferait pas face à ces tâches.

La Plate-forme avait aussi ses limites. La réaction des anarcho-communistes, individualistes et anarcho-syndicalistes dénonçait les “plate-formistes” comme “quelque chose d’extérieur à l’anarchisme”. Les “plate-formistes” ont été accusés de “dévier de l’anarchisme”, de triller une dangereuse frontière avec le “bolchevisme” et les idéologies “autoritaires”.

Mais en réalité, les plate-formistes, au contraire de ce qu’affirmaient leurs critiques, ne “rompaient” pas avec “l’anarchisme en général”, mais avec le révisionnisme (représenté par les autoproclamés “courants”). Les plate-formistes croyaient aussi qu’ils créaient une proposition nouvelle. En vérité ils étaient en train de récupérer, partiellement, la conception bakouniniste originaire de la Première Internationale, laquelle avait été reniée par l’anarcho-communisme d’Errico Malatesta et Piotr Kropotkine, par l’anarcho-syndicalisme et leurs théoriques, comme Rudolf Rocker.

La Plate-forme d’organisation a été refusée pour enserrer dans son intérieur un mouvement en direction à ce que les anarcho-communistes, individualistes et anarcho-syndicalistes avaient nié: le Bakouninisme. Mais la Plate-forme a seulement esquissé les tâches. Ses auteurs n’ont pas eu les conditions historiques pour les réaliser. Ils ont montré qu’il serait nécessaire de bâtir une organisation anarchiste internationale. Que celle-ci devait avoir de l’unité théorique, de l’unité tactique, responsabilité collective et fédéralisme. Mais, par raison de force majeure, ils ont laissé cette tâche incomplète.

L’expérience antérieure de critique et les efforts héroïques d’individus et petits groupes qui ont fait des critiques partielles et des réflexions qui précèdent l’analyse ici présentée doivent être reconnus. La critique plate-formiste dans les années 1920 en Europe; les critiques de petits groupes de “bakouninistes” au Brésil et la défense, même si confuse, de la Makhnovtchina au Brésil par José Oiticica; la critique et l’opposition du Groupe Antorcha à la capitulation des anarcho-communistes menés par Santillán en Argentine. Aussi dans les années 1930 la critique à la dégénération de l’anarcho-syndicalisme et communisme espagnol par Makhno et Jaime Balius et Los Amigos de Durruti. Les critiques de Georges Fontenis dans les années 1950 et de la FAU-historique, dans les années 1960, sont fondamentales. Mais il faut aussi reconnaître que toutes ces critiques furent incomplètes et partiales. Elles n’ont pas réussi à se consolider car elles n’ont pas marché vers le bakouninisme.

Ce document vise justement assumer la responsabilité d’exécuter les tâches esquissées par la Plate-forme d’Organisation et d’autres camarades. Continuer à partir d’où ils ont se sont arrêtés: avancer dans la seule direction possible au plate-formisme, le bakouninisme. En ce sens, il essaye de présenter les traits structurels de la théorie anarchiste – le bakouninisme – et convoquer à la reconstruction de l’organisation internationale bakouniniste et de l’organisation internationale des travailleurs. Cette tâche est aujourd’hui centrale.

Les dégénérations des révolutions socialistes et de libération nationale, l’intégration des syndicats d’orientation socio-démocrate et anarcho-syndicaliste dans le système capitaliste montrent que le prolétariat a été mené à de successifs et gravissimes échecs historiques. La capitulation des anarcho-communistes aux anarcho-syndicalistes est aussi un trait important de cette histoire. Ce fut en grande partie le résultat des erreurs de théorie, de l’empirisme et de l’opportunisme qui marquait la formation des organisations politiques et les organisations de lutte des travailleurs.

Ainsi nous prétendons convoquer ici à la construction d’un Réseau Anarchiste International (RAI) et d’une Tendance Classiste-Internationaliste (TCI). Ces formes organisationnelles visent donner le départ au processus de reconstruction de l’Alliance et de l’AIT. Mais, pour tracer de forme plus concrète les caractéristiques de cette organisation politique et de masses, il faut avant tout faire une présentation du contenu du bakouninisme, et une profonde critique de la théorie qui fut la dirigeante des luttes des travailleurs au siècle dernier: le marxisme. Il faut aussi faire une critique sérieuse des expériences de lutte des travailleurs et de comment les déviations de théorie ont été déterminantes pour les échecs des travailleurs.

La plate-forme d’organisation de l’anarchisme révolutionnaire ici présentée vise donc de fixer les bases théoriques et programmatiques de telle construction internationale. La première partie du document est une critique théorique et historique des différentes théories et expériences d’organisation et de lutte des travailleurs. La deuxième partie est une application de la conception bakouniniste de théorie et de révolution au stage actuel de développement capitaliste. À partir de cela, nous présentons une proposition d’organisation des révolutionnaires et des travailleurs pour la lutte pour le socialisme.

Les individus et les groupes qui veuillent discuter l’adhésion à cette Plate-forme de construction des Sections du RAI et de la TCI dans leurs pays doivent écrire pour s’engager et développer ledit processus: les orientations additionnelles et détaillées seront repassées par la Commission de Construction.

UNIPA – Brésil

OPAR – Mexique

1- La lutte théorico-idéologique: critique générale des conceptions révolutionnaires étatistes et du révisionnisme dans l’anarchisme

1.1 – Fondements historico-universaux du Bakouninisme

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le prolétariat donne origine à la première expression organique de lutte internationale pour son émancipation: l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), fondée en 1864. Plusieurs courants se réunissaient dans son sein qui avaient comme fin l’émancipation sociale du prolétariat. C’est dans ce contexte que surgit notre courant, fondé par la pensée et la pratique du révolutionnaire russe Mikhaïl Bakounine.

La pensée de Bakounine est marquée par la méthode matérialiste d’analyse du monde naturel et social, capable de produire une analyse critique de la société et d’orienter une pratique révolutionnaire. En prenant tous les facteurs qui concernent la détermination de la vie sociale, avec le but de détruire intégralement la société bourgeoise et émanciper l’humanité entière en un grand processus de transformation sociale, elle se constitue comme une des principales cosmovisions philosophiques d’interprétation de la réalité dont le prolétariat s’est utilisé et s’utilise dans sa lutte pour la libération.

Le matérialisme prédominant dans la pensée des révolutionnaires du XIXe siècle est en opposition directe avec l’idéalisme de la bourgeoisie, continuant l’antagonisme qui existe entre les classes sociales engendrées par le capital dans le terrain de l’idéologie. Pendant que la bourgeoisie cherche à déguiser sa domination de classe à travers les idées religieuses, la métaphysique et la pensée idéaliste en général, le prolétariat, à travers ses intellectuels et penseurs révolutionnaires, proclame la méthode matérialiste d’analyse de la réalité, en considérant les relations concrètes circonscrites à des conditions matérielles d’existence dans le temps et dans l’espace déterminées. Le prolétaire proclame la fin des systèmes absolus et définitivement pétris, en opposition il proclame un système dialectique qui implique la connaissance systématique du monde naturel et social dans sa totalité, perfectible à chaque instant, toujours sujet à d’implacables critiques et corrections basées sur l’expérience collective de l’humanité.

Le matérialisme prolétaire est en opposition avec la conception bourgeoise du droit de la valeur et du profit, en considérant ledit droit comme un argument hypocrite des capitalistes pour exploiter le travail des forces collectives de l’humanité. En opposition il proclame que la seule source de valeur est le travail collectif de l’humanité; il proclame la supériorité du travail collectif sur l’individuel; il proclame son opposition au payement individuel sous la forme capitaliste de salaire, qui permet uniquement la reproduction du lignage prolétaire pour continuer avec l’exploitation bourgeoise; il proclame que c’est uniquement sous la socialisation des moyens de production que les travailleurs auront le contrôle de leurs propres activités et auront l’accès aux fruits de leur travail.

Le Prolétariat prend pour soi la tâche de solutionner les contradictions entre la production collective des richesses, biens sociaux, et l’exploitation, exprimée idéalement dans le droit de profit, qui est fondement et œuvre de la société capitaliste, à travers un processus de Révolution Sociale Intégrale, en déclenchant l’action d’extermination et abolition non seulement du droit de profit et d’exploitation, mais aussi de la propriété privée et de l’État même, qui se constituent dans les fondements matériaux de la division en classes de la société.

Hérité de génération en génération, le droit d’exploiter le travail de la majorité travailleuse par une minorité oppressive se constitue comme le fondement idéologique des sociétés de classes, qui justifient l’existence de la propriété privée et de l’État, base matérielle de la domination de l’humanité par l’humanité, en établissant par là une relation dialectique entre la domination matérielle et le droit idéal qui engendre une misère et une inégalité grandissante pour les masses travailleuses.

Dans le sein du prolétariat, les différents courants qui confluent dans la défense de l’émancipation humaine comme fin historique et universelle ne convergent pas quant aux moyens et méthodes par lesquels le prolétariat s’émancipera. Pendant que les différents courants commettront l’erreur d’extrapoler les tâches historico-universelles de la bourgeoisie au prolétariat, Bakounine, en continuant les justes critiques de J.P. Proudhon à l’étatisme, ponctue que la tâche historique du prolétariat n’est pas seulement de ne pas imiter la bourgeoisie dans la prise de l’État pour le développement du Socialisme, comme il démontre que la condition essentielle pour que l’humanité s’émancipe du gouvernement de l’homme sur l’homme est précisément l’abolition, la destruction révolutionnaire des États et leur substitution par une grande Confédération Universelle d’hommes libres et des associations internationales de travailleurs qui coordonnent la production.

La principale contribution théorique et politique du bakouninisme comme phénomène d’organisation fut la compréhension de la place de l’étatisme dans l’histoire et la centralité du problème de l’exploitation des forces collectives par le capitalisme dans la société moderne. La racine de la conception de Bakounine est dans la compréhension de l’interrelation entre l’évolution de l’étatisme et l’intensification de la subordination des forces collectives.

La propriété privée et l’État sont les bases sur lesquelles s’érigent les sociétés de classes; le prolétariat, étant la classe historique appelée à enterrer l’exploitation, affirme que, pour transformer la société, pour avancer du royaume de la nécessité vers le royaume de la liberté, c’est une erreur que de se valoir de programmes et de créations d’autres transformations sociales de grande échelle et d’autres tâches historico-universelles.

Le concept bakouniniste d’étatisme désigne à son tour un processus: celui de l’extension de l’État et de la formation d’une “raison d’État” et de diverses doctrines de sa légitimation (théorie du droit divin des rois, contractualisme, nationalisme). Le concept d’étatisme suppose une analyse historique dans laquelle l’État Moderne précède la formation du capitalisme, et la prise de cet État par la bourgeoisie consolide la transformation économique capitaliste de la société féodale. D’un autre côté et dialectiquement, cet État Moderne issu de la Réforme Protestante, État émancipé de l’Église et qui l’a subordonnée, a été conditionné par les changements économiques et sociaux, comme les transformations du féodalisme, l’expansion commerciale, qui ont précédé et possibilité la reforme religieuse.
Si on considère la dialectique existante entre les relations sociales concrètes, l’État, en tant que structure juridico-politique, est le produit de relations inégales entre les classes, et produit et reproduit aussi des relations inégales. Ainsi, l’État possède une importante dynamique structurante responsable par la production et la reproduction de nouvelles relations d’exploitation et d’oppression.

La dialectique centralisation/monopole est expression et conséquence du caractère bourgeois de l’État Moderne, qui n’est pas un vain phénomène du développement de la production capitaliste; il se constitue dans une condition intrinsèque et même dans un agent politique et économique fondamental pour l’apparition, l’expansion et la consolidation du capitalisme dans le monde entier jusqu’à nos jours.

Transformé par le caractère bourgeois, l’État capitaliste, son économie et le système international d’États même, se développent dans une implacable compétition pour l’hégémonie, par la même suprématie qu’élèvera toujours l’État le plus vaste au contrôle de territoires, mers, airs, espace et peuples. La centralisation de pouvoirs dans l’État mènera aussi, dans le système d’États, à une centralisation de plus grands pouvoirs dans les plus grands États, qui donc assumeront la forme d’Empires, concept dans lequel repose la véritable nature des États qui sont des puissances militaires et géopolitiques en un moment historique déterminé. L’Empire est une sorte particulière d’État qui gagne l’hégémonie d’une région et qui dispute la suprématie dans le système mondial. Le développement de l’étatisme mène toujours, dans le système international d’États et par la logique de la concourance et conquête qui lui est inhérente, à la formation d’un Empire qui détient la suprématie sur d’autres Empires et États rivaux.

Voici l’erreur d’extrapoler les tâches historico-universelles d’une classe à une autre précisément quand la dernière a comme fin suprême l’abolition des sociétés de classes. Le Bakouninisme découvre et formule ce principe et le constitue comme un de ses éléments composants, duquel se détachent les autres principes et théories en rapport avec l’émancipation du prolétariat et tout ce qui concerne la tactique et la politique révolutionnaire.

1.2- Position des anarchistes devant la pensée de Marx et Engels

Le prolétariat porte en son sein plusieurs penseurs qui se constituent comme ses fractions intellectuelles. Indépendamment du courant politique qu’ils ont défendu, tout socialiste révolutionnaire honnête doit reconnaître aux auteurs leurs contributions idéologiques au prolétariat, doit serrer les filières contre les attaques capitalises aux dits penseurs et assumer la critique-correction des erreurs de ces intellectuels comme partie de nos tâches internes, comme partie du mouvement socialiste du prolétariat mondial, selon nos principes scientifiques et en introduisant les respectives émendes.

Pour les anarchistes révolutionnaires, Charles Marx et Fréderic Engels ont proportionné au prolétariat 2 découvertes dignes de reconnaissance:

a) Le matérialisme dialectique, qui permet l’interprétation de l’histoire comme un processus dialectique de production-reproduction de la vie sociale ayant pour base la vie matérielle, formé par une relation réciproque entre les manifestations de la vie intellectuelle, culturelle et sociale et la vie économique de la société humaine.

b) La théorie de la plus-value, qui dévoile et démontre le processus d’accumulation capitaliste basé dans l’exploitation et dans l’oppression des masses travailleuses.

Pour les anarchistes, le matérialisme est une méthode scientifique qui peut être appliquée pour résoudre les différentes tâches qu’exige la révolution. Tout prolétaire révolutionnaire doit reconnaitre l’aspect correct et actuel du matérialisme s’il considère ses importantes contributions, en tant que méthode scientifique, pour l’observation, l’analyse et la résolution des tâches des masses travailleuses.

Marx et Engels ont appliqué justement la méthode qu’ils avaient eux-mêmes trouvé et formulé à l’analyse et interprétation qu’ils avaient réalisé des luttes de classes du passé, à la critique révolutionnaire de la société capitaliste et à la signalisation de la nécessité de sa destruction par le prolétariat révolutionnaire. De manière magistrale, ils ont enseigné au prolétariat la manière correcte pour comprendre le passé et la réalité immédiate, en formulant pour la première fois dans l’histoire une théorie capable d’établir une réalité multiforme, avec des relations de causalité, créant ainsi les bases pour une juste critique-pratique, c’est-à-dire, d’une militance politique concrète des classes exploitées et opprimées conscientes de la nécessité de leur émancipation. C’est une contribution que personne ne pourra disputer avec Marx et Engels, et qui maintiendra leur vigence jusqu’au triomphe total sur l’exploitation bourgeoise.

Pourtant, ils ont conçu, développé et maintenu plusieurs erreurs qui ont coûté plusieurs échecs au prolétariat tout au long du XXe siècle, et dont nous souffrons encore aujourd’hui les conséquences. S’ils ont été de grands penseurs qui nous ont donné de grandes leçons en Histoire et en Économie Politique, ils ont aussi été les auteurs de prédéterminations antidialectiques de la même méthode qu’ils avaient correctement formulé par rapport à l’interprétation du passé et du présent, en présentant des conductions mécaniques et unidimensionnelles pour les nouvelles tâches historico-universelles des masses exploitées. Fondementées, dans le champ de la théorie, en une erreur de principe de l’application du Matérialisme Historique sur les tâches prolétaires reférentes à ce qui devrait être fait le jour suivant l’écroulement de la société bourgeoise, c’est-à-dire, sur les tâches de l’époque postrévolutionnaire qui se condensent dans la théorie de la “Dictature du Prolétariat”, tactique maxime du marxisme révolutionnaire.

Il faut présenter ici la critique aux deux sources d’erreur et de dégénération théorico-politique du marxisme. La première des deux reside dans un des noyaux centraux du matérialisme historique, c’est une erreur de théorie. La deuxième est dans le centre du programme et de la stratégie, c’est une erreur de politique. Toutes les deux expliquent les échecs et les dégénérations des marxistes.

Dans l’interprétation du matérialisme historique il existe une composante fondamentale qui est l’idée de la “détermination de l’économique” en dernière instance. Ce concept reflétait une sous-estimation théorique autant du rôle de l’État que de la lutte des classes, étant donc considéré “le développement des forces productives” en termes abstraits comme critère fondamental. Cette préeminence de l’économique comme déterminant en dernière instance s’est rapidement transformé en une prédétermination mécaniciste dans la social-démocratie internationale.

Au même temps qu’en théorie les forces productives étaient considérées comme “centrales”, étant sous-estimées l’action des classes et de l’État, dans la politique l’État occupait la place “centrale”. Exactement parce qu’en théorie l’État était seulement “déterminé” par l’économie (et non pas dialectiquement déterminant de celle-ci), on considérait que l’État était neutre et que le prolétariat pourrait s’en approprier en tant qu’instrument (c’est comme si les techniques et les outils étaient neutres, et la bourgeoisie et le prolétariat pouvaient utiliser n’importe quel outil) pour faire des réformes progressives et même des révolutions.

La théorie de la “Dictature du prolétariat” se constitue comme une extrapolation antihistorique et antidialectique du programme bourgeois de l’époque précapitaliste au programme prolétaire de l’époque capitaliste, comme une transposition des tâches historiques de la bourgeoisie dans sa lutte pour son émancipation du féodalisme aux tâches historiques du prolétariat en lutte pour l’émancipation intégrale humaine et sa propre aniquilation en tant que classe exploitée. C’est une contrebande tactique et stratégique d’une expérience collective d’une classe envers l’autre.

En observant la lutte de la bourgeoisie pour implanter le système capitaliste de production, Marx a déduit avec justesse les conditions nécessaires pour implanter n’importe quelle domination de classe, ce qu’on développera jusqu’au degré de se conformer dans la théorie générale de la Dictature du Prolétariat, même si après il s’est omis d’aborder ce que cette domination impliquerait pour les classes dans le pouvoir et si celles-ci pourraient se maintenir sans se corrompre ou tergiverser. Dans le sein même de la société féodale, le capitalisme a développe ses forces, lesquelles ont culminé dans la suprématie de la production industrielle sur l’agriculture féodale, les nouvelles divisions du travail, la prédominance de la ville sur la campagne, et la supération de toutes les formes de production et reproduction de la vie connues jusqu’au moment (la suprématie de la production sur la consommation). Ces changements ont été compris et interprétés dans leur ensemble par la méthode du matérialisme historique et dialectique, qui ont impressionné profondément Marx et Engels, ce qui les a mené à extrapoler les tâches historico-universelles que la classe bourgeoise avait réalisé à la classe qu’elle même avait engendré et qui était appelée à la sépulter: le prolétariat; ainsi encourant dans l’erreur de principe dont nous parlions plus haut.

Marx a extrapolé ces tâches au prolétariat, basé sur ses interprétations du cours des luttes bourgeoises et des conditions qu’il était nécessaire de concrétiser pour établir la domination de classe; et celle-ci ne peut s’effectuer qu’à travers la prise de l’État (à un niveau historique) par une classe, qui tient le pouvoir en ses mains et consolide son régime social, dont nous avons l’expression maximale et plus développée, pour la classe bourgeoise, dans les républiques démocratiques inspirées dans le modèle français, dans lequel, selon Marx, doit se développer la confrontation finale et décisive entre la bourgeoisie et le prolétariat.

Par ailleurs la France, considérée par Marx comme modèle d’évolution de la bourgeoisie, représentait plus une exception qu’une règle: en Angleterre, en Allemagne et en d’autres pays, la bourgeoisie a fait plusieurs compromis avec l’Ancien Régime, s’incorporant dans les anciennes oligarchies ou alors les incorporant comme des fractions de classe dans le nouveau mode de production qui s’expandait.

Et cette prise de l’État, cette conquête-rétention du Pouvoir dans les mains d’une classe (en ce cas, du prolétariat), ce principe assimilé comme axe théorique qui oriente toutes ses applications générales et particulières à tous et a chacun des domaines de la lutte du prolétariat, ont mené à des contradictions de si grandes dimensions dans son sein que, menées jusqu’à leurs dernières conséquences dans le champ théorique et confrontées avec l’expérience historique (c’est à dire, avec sa comprovation expérimentale objective) des derniers siècles, il ne reste plus qu’à les expliquer et s’en débarrasser, parce qu’elle contiennent en elles les germes de leur propre anéantissement comme méthode théorique-pratique, par rapport à la lutte moderne pour l’émancipation sociale humaine qui demande (et qui a demandé depuis les temps de ces penseurs allemands) de nouvelles et innovantes réalisations.

Dans la réalité concrète, dans le champ de l’action révolutionnaire, toute théorie conséquente porte en elle des implications politico-pratiques, des implications que la théorie de la “Dictature du prolétariat” n’a pas manqué d’avoir, et auxquelles nous nous opposons si fermement non seulement parce qu’elles engendrent en leur sein le germe de leur propre anéantissement en tant que théorie avec un minimum de consistance interne, mais aussi par les conséquences de leurs politiques concrètes et les résultats si pauvres qu’elles nous ont apporté par rapport à l’émancipation humaine, son contenu essential, sa composition élémentaire étant un embourgeoisement de la politique-pratique du prolétariat révolutionnaire, le renfort de l’étatisme et l’abandon volontaire des innovations pratico-expérimentales des masses en action. Si nous sommes les premiers à reconnaître les contributions de la pensée marxiste, nous sommes aussi les premiers à démontrer les erreurs et à initier les corrections devant la nécessité historique de leurs formulateurs. Nous nous opposons à l’embourgeoisement du Matérialisme Historique que Marx et Engels eux-mêmes ont permis et à sa conversion en “idéalisme” revêtu.

Ainsi il existe des limites pour l’appropriation du matérialisme historique de Marx et Engels, et la nécessité d’interpréter leur contribution à partir des paramètres critiques – de théorie et de politique – ici établis. Et la conception bakouniniste du matérialisme, ayant plusieurs points de concordance avec le matérialisme historique de Marx se distingue de ce dernier en plusieurs aspects importants.

1.3- Différences et contradictions entre la conception étatiste et l’anti-étatiste de la Révolution

Entre la conception étatiste de la Révolution de Marx et Engels et la conception anti-étatiste de Bakounine existe un antagonisme irréconciliable. Alors que Marx et Engels ont toléré et participé à l’embourgeoisement du matérialisme historique, Bakounine a incorporé et reconnu la méthode matérialiste et sa conception historique du monde. Alors que Marx et Engels ont interprété de façon erronée les tâches historico-universelles du prolétariat basés sur l’extrapolation de l’expérience collective de la bourgeoisie au prolétariat, en reconnaissant la nécessité du développement du capitalisme et adoptant cette nécessité comme bannière politique, Bakounine a fondé et développé une théorie qui a renforcé et augmenté le champs d’interprétation de l’histoire et a permis de développer vastement la nature des tâches historico-universelles du prolétariat en sa lutte pour la destruction des relations d’exploitation, il a fondé la théorie de l’étatisme.

À partir de la théorie de l’Étatisme il est possible non seulement d’amplifier l’interprétation de l’histoire et d’éclaircir la relation existente entre le Capital et l’État dans l’oppression et dans l’exploitation des masses ouvrières dans l’actualité et dans la réalité immédiate d’une situation historique spécifique, mais aussi de résoudre la question relative à la tâche historico-universelle prolétaire, à propos de ce qu’il faut faire le jour suivant la chute de la société bourgeoise, c’est-à-dire, elle concerne les tâches de l’époque postrévolutionnaire qui se condensent dans la théorie de “l’Abolition de l’État”, tactique du prolétariat anarchiste.
Les contradictions entre la pensée de Bakounine et celui de Marx et Engels dépasse le champ de la tactique et s’élève aux conceptions générales à propos de la Révolution. Marx et Engels fondementent leurs conceptions en une interprétation partiale de l’Histoire, ayant comme base seulement l’analyse du Capital; ils tombent dans un mécanique et piètre déterminisme économique, ils sous-estiment le rôle de l’État, ils réduisent cette machinerie à un instrument, tant seulement, qui peut servir aussi bien à une classe comme à une autre pour réaliser ses tâches historico-universelles. Et une interprétation de cette nature a comme résultat la conception qu’il est nécessaire, simplement, de se valoir de la domination de classe pour attaquer partiellement, par degrés et étapes, la société bourgeoise, la propriété privée, la famille et le Capital, et elle laisse intacte précisément l’institution historique dans laquelle se fondemente et se produit-reproduit l’exploitation et l’oppression des masses ouvrières, elle laisse l’État intacte.

La conception étatiste de la révolution, représentée par la théorie générale de la “Révolution permanente” prônée par le marxisme révolutionnaire en tant que programme historique du prolétariat, ouvre des indéfinitions si néfastes comme la quasi-théorie du “période de transition” qui encouvre l’embourgeoisement réformiste de cette conception, en remettant à plus tard la résolution de la question de l’exploitation des masses, question que doit résoudre une Révolution sociale qui se prétende authentique.

En contrepartie, Bakounine démontrait depuis les temps de l’AIT cette contradiction, montrant non seulement la tactique correcte pour abolir l’État, et élaborant aussi toute une théorie générale sur le caractère intégral de la Révolution Sociale. Non seulement cette théorie incorporera la nécessité de détruire le Capital, mais elle montrera aussi qu’une de ses conditions et conséquences est précisément de détruire l’État, et non pas attendre seulement son “extinction”, mais aussi lutter de forme consciente pour son abolition.
Bakounine même a eu l’opportunité de présencier une capitulation tactique de Marx devant un événement gigantesque pour la vie sociale, où s’est démontrée non seulement la possibilité de détruire l’État bourgeois, comme aussi celle d’abolir graduellement l’État comme institution historique de la société de classes et le substituer par des organismes basés sur les principes fondamentaux de la pensée de Bakounine, le Fédéralisme et le Socialisme; ce grand événement qui a entré dans l’Histoire sous le nom de la grande Commune de Paris de 1871.

Contrairement aux présuppositions de la Révolution Permanente, la Révolution Intégrale considère comme condition nécessaire pour la destruction du capitalisme la destruction et l’abolition de l’État; ce qui n’est autre chose que la décentralisation graduelle (graduelle par rapport au processus vivant, et non pas avec des étapes métaphysiquement définies), la substitution des États par la Confédération Universelle des Travailleurs Librement Associés, comme préface politique-pratique de la destruction violente de l’État bourgeois. En aucun cas ce principe s’oppose à la nécessaire centralisation économique que suppose le socialisme.

L’abolition de l’État comme premier pas effectif dans la Réalisation du Socialisme, entendu comme principe tactique, explique de la meilleure façon des questions aussi importantes que la relation du prolétariat avec les classes, et le commencement d’un processus entièrement nouveau dans l’histoire de l’humanité, dans lequel les prolétaires révolutionnaires d’aujourd’hui ont peu ou rien à imiter aux jacobins de 1789. Nous devons tout inventer et créer.

Cette conception de la révolution n’est possible que parce que Bakounine voit que la méthode matérialiste ne peut pas être rabaissée à une interprétation unidimensionnelle de l’évolution historique, et que le facteur économique étant déterminant, ce facteur ne peut être déterminant que de manière relative, étant parcontre un processus de mouvement permanent: une relation dialectique dans laquelle la politique, elle aussi, est déterminante par rapport à l’économie.

Ces questions pratiques composent l’intégralisation de la révolution, qui part d’une intégralisation de la dialectique dans la stratégie politique, qui avait été niée par les erreurs de principe de Marx et Engels, induits par l’établissement d’un schéma unidimensionnel d’évolution en direction du développement capitaliste et l’extrapolation des tâches historico-universelles de la bourgeoisie au prolétariat.

1.4- Le révisionnisme dans l’Anarchisme

La nécessité du Socialisme, son caractère scientifique et émancipateur et ses premiers essais pratiques étant consolidés, la bourgeoisie dût le reconnaître et entreprendre une lutte de contamination idéologique. L’Anarchisme n’a pas fait exception. Après la retraite et la mort e Bakounine, les échecs du prolétariat en France, Espagne, Italie et Russie ont produit une désorientation chez les anarchistes révolutionnaires de l’époque. En conséquence, plusieurs d’entre eux ont commencé un processus de révision dans les théories de Bakounine, laquelle, avec la déficiente diffusion et systématisation de sa pensée, a résulté dans la naissance historique du révisionnisme, une déviation programmatique purement bourgeoise de l’Anarchisme Révolutionnaire développé et soutenu par Bakounine.

Le révisionnisme est le produit historique de l’influence idéologique bourgeoise dans les rangs des courants socialistes prolétaires qui se surpose aux individus et se constitue en une véritable offensive bourgeoise en nos propres filières. Le révisionnisme acquière plusieurs aspects et présente différentes apparences, pourtant à la fin son caractère est le même. Le révisionnisme n’est pas un simple désaccord d’opinions d’auteurs classiques, il n’est pas un “caprice dogmatique” des révolutionnaires socialistes pour un désaccord entre telle ou telle opinion; il s’agit d’une révision, d’une négation des fondements historico-universaux du Socialisme, donc c’est une lutte du prolétariat contre la bourgeoisie dans son propre terrain, la lutte pour l’indépendance idéologique et politique du prolétariat en sa lutte de classes contre la bourgeoisie, une lutte nécessaire, permanente et implacable.
Le révisionnisme dans l’Anarchisme Révolutionnaire assume depuis le début un caractère éclectique, c’est-à-dire, qui essaie de concilier des fondements historico-universaux, des programmes et des tactiques non seulement contradictoires, mais aussi antagoniques, semant la confusion et la désorganisation parmi les filières idéologiques ouvrières, cette caractéristique étant une cause et une conséquence de son incapacité historique de directionner le prolétariat en sa lutte contre l’exploitation capitaliste. Un effort de mêler les idées de Bakounine et de Marx surgit, justement dans le plan où elles sont opposées, dans la conception des tâches historiques, dans le programme, dans la tactique et dans la stratégie.

Ces positionnements sont les embryons des formes de ce qu’on connaît comme “anarcho-syndicalisme” et “anarcho-communisme” qui se sont développés aux primordes du XXe siècle. Ces positions révisionnistes ont constitué, de manière mal faite, la plupart des fois, de nouvelles théories, hybrides par définition, qui sont la sustentation idéologique d’une série de pratiques amorphes et manquantes de perspective révolutionnaire.

D’un côté, « l’anarcho-communisme », tendance éclectique de caractère petit-bourgeois, niera exactement les contributions de la pensée marxiste: le Matérialisme historique et la critique de l’économie bourgeoise. Le principal exemple se trouve dans la pensée d’Errico Malatesta, lequel non seulement déprécie la lutte des classes dans le terrain de l’idéologie, mais qui croit aussi, en tant que bon penseur petit-bourgeois, que les pensées se trouvent au-dessus de la lutte des classes et que l’on peut joindre n’importe quelles pensées, si antagoniques qu’elles soient, grâce à l’œuvre de la « volonté ». C’est pour cela qu’il a rompu avec le Bakouninisme en nom d’une conciliation de « l’anarchisme » avec le « communisme ».

La rupture fondamentale établie entre le révisionnisme « anarcho-communiste » et l’Anarchisme Révolutionnaire dans le champ de la théorie a son expression maximale dans le critère qu’a le premier pour analyser l’histoire et la société que n’est pas le travail comme base du socialisme, qui est la forme matérialiste d’aborder la question; non seulement son critère abandonne cette base programmatique, mais il la sépulte aussi magistralement avec sa formule petite-bourgeoise « à chacun selon ses besoins ».

Cette déviation programmatique implique en une renonciation tacite, semi-consciente, de la contradiction entre les classes. La suprématie de la nécessité est l’affirmation de la suprématie de l’individu contre la suprématie des forces collectives du travail, ce qui implique une fausse contradiction de nature antidialectique qui suppose l’opposition individu/société en donnant origine à une fausse hostilité, au lieu de résoudre la contradiction à travers la voie socialiste, dans laquelle l’existence de l’un suppose la relation et l’influence de l’autre et réciproquement.

Dans la pratique, ce dédain s’exprime dans la négation d’une organisation politique de révolutionnaires anarchistes, et des organismes sociaux basés sur la décentralisation politique et le fédéralisme, basés sur une centralisation économique socialiste organisée civilement par rapport aux droits générés par le travail, en créant un vide programmatique et organisationnel qui se manifestera dans les grands échecs historiques où les révisionnistes pseudo-anarchistes ont pris une part active.

Une autre manifestation du révisionnisme petit-bourgeois pseudo-anarchiste s’exprime dans le phénomène connu comme « individualisme », qui suppose la fausse contradiction hostile entre toute organisation et l’individu, mettant la liberté abstraite de celui-ci en contradiction avec les intérêts de celle-là, en supprimant la lutte des classes et la dialectique, appuyée sur l’individualisme idéaliste bourgeois, qui a eu de grands partisans contradictoires dans les expressions pseudo-anarchistes connues comme synthèse, qui a généré des phénomènes comme la « propagande par le fait » de la fin du siècle XIX, et qui prétendait concilier éclectiquement les contradictions dérivées de l’idéalisme abstrait en pratiques concrètes qui ont dérivé dans la négation de toute responsabilité politique sérieuse. Actuellement il paraît qu’il y a un resurgissement de ces pratiques dans la soi-disante « informalité violente » et « émancipatrice ».

Un courant qui se pose au-dessus des antérieurs est le révisionnisme « anarcho-syndicaliste », dont l’expression maximale a été la Confédération Nationale du Travail (CNT) espagnole, fondée en 1910. Ce courant est supérieur aux antérieurement mentionnées par rapport à l’essence de sa nature, qui est son début et fin, et les aspects positifs qui dérivent d’elle. Pour la lutte pratique, le révisionnisme « anarcho-syndicaliste » a donné de grandes leçons de luttes de masses, dans lesquelles l’activité de masses se posait dans le centre des luttes, au moins dans les tâches de la période antérieure à la Révolution, c’est-à-dire dans les luttes revendicatives dirigées par ce courant contre le Capital et l’État bourgeois. Les leçons dérivées de ces expériences constituent sans doute de grandes leçons pour les prochaines luttes du prolétariat, car elles ont bien enseigné des formes concrètes d’aborder les luttes économiques sous l’activité orientée par les tendances révolutionnaires de ce courant. Pourtant, cet « économisme » révisionniste a mené à la liquidation totale ou au dépit de l’organisation politique révolutionnaire, menant cette négation à un tel point que, l’heure suprême de directionner la révolution arrivée, elle a remis le pouvoir avec tous les honneurs à la petite bourgeoisie, menant les masses, dans le cas espagnol, à un grand échec du prolétariat, digne de la plus grande attention.

C’est pour cela qu’il n’est pas possible d’abdiquer de la lutte idéologique et théorique. Ni de tenter de promouvoir des conciliations éclectiques superficielles. L’analyse des expériences révolutionnaires et de la lutte de classes démontrera comment ces deux comportements ont produit de successifs échecs et ont conduit à des capitulations des travailleurs.

2- Les grands échecs de la révolution sociale : Russie, Espagne et Amérique Latine

La critique des différents projets, révolutionnaires et réformistes, ne peut être que la critique des expériences des luttes des travailleurs dans les dernières années. Les différents courants théoriques analysés plus haut ont été présentes dans les principales expériences de lutte des travailleurs dans la première moitié du XXe siècle. Toutes ont mené à des échecs du processus révolutionnaire. Et ceci en raison de leurs débilités théoriques et idéologiques et du caractère éclectique de leurs objectifs programmatiques et de la nature de classe de leurs alliances. En plus des erreurs tactiques dans la conduction du processus de lutte.

Pour reconstruire le syndicalisme et le mouvement révolutionnaire bakouniniste international, une critique sévère de ces courants est donc nécessaire. Et celle-ci est le bilan de son rôle dans l’histoire. En ce sens, il faut analyser les événements-clés du XXe siècle. La Révolution russe et la Guerre civile espagnole, en Europe, et le processus d’émergence des gouvernements Dictatoriaux-militaires en l’Amérique Latine des années 1930-1980 ont explicité les contradictions et la crise du mouvement socialiste international.

2.1- La révolution russe et la dégénération du marxisme

La révolution russe montre la dégénération du marxisme. Mais elle dénonce aussi, par le caractère marginal occupé par l’anarcho-communisme, ses contradictions. Seulement en Ukraine, un des pays subordonnés par l’Empire Russe, un mouvement de masses significatif s’est développé, et grâce à la rupture avec les postulats de l’anarcho-communisme et de l’anarcho-syndicalisme.

La composition du mouvement des masses en Russie se passait ainsi : il existait deux grandes organisations partidaires, le Parti Ouvrier Social-démocrate (filié à la IIe Internationale) et le Parti Socialiste Révolutionnaire. Les anarcho-communistes étaient représentés par d’innombrables petits groupes locaux. Tous les groupes étaient subdivisés en courants de droite et de gauche, mieux exemplifiée par l’historique division entre bolchéviks et menchéviks, mais les SR et les anarchistes aussi.

On peut dire que le processus révolutionnaire russe s’est déroulé autour de deux questions fondamentales : la position devant le renversement de la monarchie et la position devant la Première guerre mondiale impérialiste. Dans la dynamique de la Révolution russe nous pouvons retrouver l’expérience de l’application de la théorie de la révolution permanente ou étapiste du marxisme. Et comment elle a successivement montré ses contradictions et permis l’intégration systémique du marxisme. Cela devient explicite par le déroulement de la lutte révolutionnaire elle-même. Le secteur marxiste qui a réussi à devenir le dirigent de la révolution fut exactement le secteur qui a rompu avec l’Internationale Social-démocrate en raison de sa position devant la Guerre.

Lénine, dans les textes « L’opportunisme et la faillite de la Deuxième Internationale » (1916) et « Thèses d’avril » (1917) démontre clairement comment le marxisme de la période antérieure avait dégénéré. Au même temps il explicite comment le marxisme développé par les bolchéviks dans la situation prérévolutionnaire a possibilité que, après la révolution de 1917, il fusse mené à jouer un rôle contre-révolutionnaire.

Premièrement, il est important de noter que le texte marque la scission des Bolchéviks avec la II Internationale, avec le Parti de Marx (le KPD). Le motif en a été la capitulation de la IIe Internationale devant la politique nationaliste et son appui à la guerre impérialiste. Les opportunistes, il disait, niaient l’opposition à la Guerre devant la « guerre ». Cela veut dire que la IIe Internationale possédait une caractérisation théorique correcte, mais au moment de la décision elle a oublié sa théorie par manque d’idéologie révolutionnaire, de volonté politique. « Le caractère relativement ‘pacifique’ de la période de 1871 à 1914 a nourri l’opportunisme, d’abord comme état d’esprit, ensuite comme tendance et finalement comme groupe ou couche de la bureaucratie ouvrière et des camarades de route petits bourgeois. »

L’opportunisme tenderait, dans le plan politique, à se réduire au légalisme et au parlementarisme, et, dans le plan des masses, à l’économisme le plus étroit et nationaliste.
Si dans la scène internationale les partis socio-démocrates démontraient déjà leur capitulation, dans le contexte russe ce fait se donnerait en 1917. Les Thèses d’avril de Lénine sont écrites en 1917, après la révolution de février. Dans ce contexte, les deux ailes de la Socio-Démocratie russe, les menchéviks et les bolchéviks, ont commencé a confluer vers l’appui à une forme de révolution démocratique-bourgeoise. Lénine au contraire retourne en Russie en défendant une autre ligne programmatique. Il serait nécessaire de passer des tâches démocratiques (renversement de la monarchie) aux tâches socialistes. Il affirme que l’intervalle de temps entre une étape et l’autre est court et non indéfini. Il passe à défendre la Suppression de l’Armée, de la Police et de la Bureaucratie, l’Équivalence des salaires dans un État « du type Commune ». Les propositions de Lénine sont accusées par les bolchéviks eux-mêmes de « Bakouninisme ». Lénine s’aperçoit qu’il serait nécessaire de rompre avec les présupposés du marxisme international et du bolchévisme eux-mêmes : présenter un nouveau programme et une nouvelle interprétation des étapes de la révolution permanente.

Mais c’est dans « L’État et la Révolution » qu’il affirmerait que « passée l’étape de la révolution democratico-bourgeoise à la révolution socialiste, s’inaugurerait une étape historique de longue durée et transition du socialisme au communisme ». Ainsi Lénine rompt avec la IIe Internationale quand il accepte les tactiques de lutte clandestine et qu’il nie la réduction parlementariste et nationaliste, mais il ne rompt pas avec la théorie de la révolution permanente et la transposition des tâches historico-universelles de la bourgeoisie au prolétariat.

Et dans cette défense du rôle légitime de l’État dans la révolution et de la longue durée de la transition entre les étapes (de la même manière que c’était passé avec la IIe Internationale), il permet la formation d’un nouveau type d’opportunisme, qui générera une nouvelle classe dominante dans l’État révolutionnaire. Mais la spécificité de la perspective de Lénine est que cette dégénération ne pouvait se manifester que dans la situation postrévolutionnaire, parce qu’il a substantiellement modifié la théorie marxiste de la révolution permanente.

Mais le processus de dégénération de la révolution et du bolchévisme est abordé par Trotski au long des années 1920 et 1930. Et il arrive déjà à identifier que le bolchévisme se transformait dans la théorie du « socialisme dans un seul pays », dans lequel encore une fois l’État, le nationalisme et l’accommodation au capitalisme commençaient à prédominer à l’intérieur du marxisme.

Trotski dirige sa critique à la direction du PCUS, qu’il dénomine « vieux bolchéviques » (Staline, Boukharine, Zinoniev et Kamenev). Le débat se donne autour de deux théories : la théorie de la révolution permanente et ensuite la théorie du socialisme dans un seul pays. Premièrement, Trotski démasque le mythe révolutionnaire du bolchévisme lorsqu’il démontra la contradiction entre l’aura de « révolutionnaires » des dits vieux bolchéviks et leur agissement au moment décisif, l’année de 1917. Dans cette période, les « vieux bolchéviks » ont eu un positionnement democratico-bourgeois identique à celui des mencheviks (c’est-à-dire qu’ils postulaient seulement une révolution démocratique, qui substituât la monarchie par la démocratie, et non pas la révolution socialiste). C’est seulement avec le retour de Lénine que le Parti Bolchévique tourne à gauche . Trotski indique qu’aucun des vieux bolchéviks « a été capable, dans le moment historique le plus grave et plus rempli de responsabilités, aucun d’eux a été capable d’utiliser, par lui-même, toute l’expérience théorique et pratique du Parti ».

Cela veut dire que l’opportunisme que Lénine avait dénoncé comme état d’esprit, tendance et couche dirigeante de la bureaucratie ouvrière, qui aurait pris la direction politique de la IIe Internationale, s’est développé aussi à l’intérieur du parti bolchévique, faisant que celui-ci tende vers une voie de révolution démocratico-bourgeoise. La victoire de la ligne de Lénine et Trotski en octobre a été le résultat de l’alliance de la ligne révolutionnaire minoritaire dans la direction du Parti avec les bases populaires, en ce moment plus avancées (étant donné que, par exemple, l’insurrection n’a été approuvée que dans une réunion ampliée du CC des bolchéviks avec la participation des bases ouvrières, et encore, elle a dû être soumise à deux votations, car les dirigeants du parti ont voté contre). Trotski indique que dans les conceptions théoriques et dans l’État d’esprit du « marxisme vulgaire », prédominant dans la IIe Internationale (aussi en Russie), il existait un lapsus historique énorme, de décennies, entre le stage Démocratique (c’est-à-dire, entre la révolution démocratico-bourgeoise) et le stage Socialiste. Cette conception prédominait non seulement parmi les menchéviks, mais aussi dans la majorité des dirigeants bolchéviks. Les problèmes de la révolution socialiste étaient toujours « le prélude obscur d’un avenir encore lointain ».

Ainsi l’histoire du marxisme dans le XXe siècle a été celle de la rupture avec la bureaucratisation de l’Internationale Socio-démocrate et son resurgissement dans la IIIe Internationale et de toutes les variantes du marxisme qui partaient de sa base théorique (le maoïsme, le gramscianisme) et même le trotskisme, qui ne rompt pas avec l’étapisme de la théorie de la révolution permanente. Ainsi, ce dilemme du marxisme se manifesterait dans une éternelle oscillation entre les politiques de droite (parlementarisme, légalisme avec différentes expressions historiques, comme le bernsteinianisme, le stalinisme), de gauche (le maoïsme, le trotskisme) et ultragauche (conseillisme, foquisme). Ces variantes ont permis au même temps une fréquente intégration du marxisme au système capitaliste et la rénovation de son souffle dans les luttes de libération nationale et de masses. Si le marxisme arrivait à jouer un rôle important et révolutionnaire dans la situation prérévolutionnaire, dans la situation postrévolutionnaire il était condamné à la bureaucratisation et à la contre-révolution.

Il n’est pas possible de parler de la Révolution russe sans parler de la Révolution en Ukraine. Si le marxisme révolutionnaire en 1917 se développe par la rupture avec les bases de la Socio-Démocratie internationale qui prédominaient en Russie, l’anarchisme révolutionnaire se développe par la négation des bases théoriques de l’anarcho-communisme international représenté en Russie par l’individualisme littéraire et conservateur de Tolstoï et par l’éducationnisme de Kropotkine. Ce débat est exprimé par Makhno dans son journal, qui soutenait que « Nous devons, sans tarder, commencer à organiser une Union des Paysans de nôtre groupe. Ce fait présente un double intérêt : nous empêcherons par là que l’élément hostile à nôtre idéal politique s’établisse (…). Le camarade Kalinitchenko a condamné sévèrement mon point de vue, prétendant que notre rôle d’anarchistes, dans le cours de la révolution actuelle, devrait se limiter à divulguer nos idées… »

L’histoire de la révolution en Ukraine est conditionnée par la confrontation entre trois forces. Trois forces politiques importantes, très différentes, agissaient en Ukraine : 1) Petliurovstchina – mouvement nationaliste, de nom officiel Rada, composé par la bourgeoisie nationale et qui a réussi une adhésion de segments des fractions ouvrières ; 2) Bolchévisme – le Parti/État ; 3) Makhnovtchina – mouvement de masses, de base paysanne et orientation anarchiste. Un long procès de guerre civile s’est donc donné, plein d’avancements et de reculements, étant donné que la force révolutionnaire anarchiste a réussi à avancer dans la libération de territoires. L’échec de la révolution en Ukraine se donnera par la combinaison de plusieurs facteurs. Mais comme Makhno lui-même en ses journaux, et Archinov en son livre « L’insurrection des paysans de l’Ukraine », le facteur militaire et de la répression n’a été qu’un parmi d’autres. Un autre facteur très important fut la débilité organisative, théorique et programmatique du mouvement lui-même.

Arrivant à jouer un rôle important entre 1918 et 1920, l’insurrection paysanne de l’Ukraine servirait comme base historique des formulations de la Plate-forme d’organisation en 1926. Et l’échec de la Révolution russe est aussi expliqué par l’incapacité de l’anarcho-communisme et l’anarcho-syndicalisme de se présenter comme des alternatives révolutionnaires.

2.2 – La guerre civile espagnole et la dégénération de l’anarcho-syndicalisme et de l’anarcho-communisme

L’anarcho-syndicalisme est un phénomène du XXe siècle, et il est part du développement des grandes centrales syndicales. La création de la CNT en 1910, prenant pour base la CGT française, inaugure ainsi un processus de lutte en Espagne qui, moins de trois décennies après, résulterait en guerre civile. L’anarcho-communisme se développera en partie à l’intérieur et en partie en marge et/ou contre l’anarcho-syndicalisme. Le processus de lutte de classes en Espagne, ainsi qu’en Russie, s’est développé en ayant pour base aussi la lutte contre la monarchie, surtout jusqu’à 1923 et de cette année jusqu’à 1930 contre la dictature, commandée par le général Primo Rivera. Il est ensuite déchu et la République est proclamée avec la convocation des élections. Jusqu’à 1933 le gouvernement sera composé par les partis républicains de gauche et socialistes, lorsque la droite commence à avancer. En février 1936 sont convoquées des élections dans un contexte de guerre civile voilée, avec du terrorisme de droite et le mouvement ouvrier en armes.

C’est dans ce moment que les contradictions de l’anarcho-communisme et de l’anarcho-syndicalisme espagnols, tous les deux exprimés à l’intérieur de la CNT-FAI, sauteront aux yeux. Si dans le cas du marxisme révolutionnaire les contradictions n’ont apparu plus clairement que dans la situation postrévolutionnaire, dans le cas de l’anarcho-communisme et de l’anarcho-syndicalisme (ainsi que de celui de la socio-démocratie) elles iraient apparaître par leur capitulation dans la situation prérévolutionnaire. L’extrait ci-dessous d’une résolution de plénière de la CNT/FAI, illustre bien ces contradictions théoriques et leurs effets pratiques. De « Informe del Comité Peninsular de la Federación Anarquista Ibérica al Movimiento Libertario Internacional » (septembre 1937), signé par Santillán, Germinal de Souza, Pedro Herrera et Federica Montseny : « Nous étions effectivement les maîtres de la situation. Mais nous nous sommes immédiatement formulés ces questions : le fascisme n’est pas encore abattu en toute l’Espagne. En dehors de Cataluña nous ne sommes pas la force prédominante. Nous devons partager les responsabilités et les droits avec les forces antifascistes (…) il ne faut pas proclamer le communisme libertaire. Chercher à maintenir l’hégémonie dans les comités de milices antifascistes et éloigner toute réalisation totalitaire de nos idées ».

La stratégie « staliniste » de la IIIe Internationale représentait déjà l’application de la théorie de la révolution permanente sous l’optique de la nouvelle classe dominante russe, la nomenklatura. De cette optique, les révolutions devaient se subordonner aux étapes démocratico-bourgeoises comme partie de la politique internationale de l’URSS, c’est-à-dire qu’elles ne devaient extrapoler la construction de républiques bourgeoises. Cette ligne a été appliquée en Espagne lorsqu’on a posé la tâche de la lutte antifasciste (qui n’était qu’une adéquation de la priorité de la lutte antimonarchique au nouveau contexte). Le centre de cette étape serait l’alliance avec la bourgeoisie démocratique. Dans le Front Populaire devaient être le mouvement ouvrier et la bourgeoisie nationale, qui feraient une alliance contre Frano. Ainsi, malgré le dogmatisme antimarxiste, l’anarcho-syndicalisme et l’anarcho-communisme espagnols se sont intégrés dans la politique dérivée de la théorie marxiste de la révolution permanente, et objectivement dans les structures de l’État bourgeois.

Ce processus dérivait fondamentalement des déficiences théoriques et idéologiques du mouvement, lesquelles ont été perçues et combattues même si tardivement par le groupement oppositionniste de la CNT-FAI Los amigos de Durruti. Cette opposition dénonce la capitulation de la direction de la CNT-FAI et la dégénération de ces organisations, matérialisées dans le phénomène du « ministérialisme ». Los amigos de Durruti, à travers le journal Amigo del Pueblo ont fait l’opposition à ce processus : « ce qu’a véritablement contribué, c’est-à-dire, a décidé sensiblement la perte d’une révolution qui ne pouvait s’échapper que des mains d’incapables, c’est le manque d’une directrice qui eusse marqué de manière inconfondable le chemin à suivre. (…) Les révolutions sans une théorie n’avancent pas ». La totale absence d’une théorisation sérieuse dans les années qui ont précédé la guerre civile espagnole, spécialement dans les années 1920, n’était pas un problème exclusif de l’anarcho-syndicalisme espagnol. C’était un trait structurel de l’anarcho-communisme et anarcho-syndicalisme international, qui est devenu clairement manifeste dans la réaction contraire au plate-formiste lidéré par Makhno et Archinov.

Les contradictions dérivées de l’éclectisme théorique ne se manifestaient seulement pendant la Guerre Civile Espagnole, mais tout au long de la décennie de 1920 et du début de 1930. L’adhésion à la politique du « front populaire » formulée par l’URSS avait déjà été essayée, avec l’adhésion acritique des centrales anarcho-syndicalistes à l’Internationale Syndicale Rouge dirigée par le Parti communiste de l’URSS en 1920. Dans la pratique cela a mené à toute une politique de collaboration de classe, qui a fait que des figures comme Frederica Montseny, Diego Abad Santillán, Garcia Oliver et d’autres fuissent intégrés dans la structure du Gouvernement espagnol, d’abord à travers le Comité de Milices Antifascistes, et ensuite comme ministres de divers conseils d’État. Le ministérialisme a été la forme historique concrète la plus avancée et grave de dégénération de l’anarcho (communisme et syndicalisme).

Cette capitulation devant le capitalisme serait assumée ouvertement par Santillán à la fin de sa vie. En « Stratégie et tactique. Hier, aujourd’hui, demain », Santillán présente les lignes finales de l’évolution de sa pensée et de sa politique : « D’abord […] le capitalisme n’est plus une masse uniforme et pétrifiée, c’est un ensemble d’attitudes et de catégories qui ne se montre pas toujours solidaire même devant les adversaires communs. Il existe un capitalisme que nous pourrions qualifier de compréhensif et progressiste, qui observe l’évolution obligée de l’économie actuelle ; […] Deuxièmement : la grande révolution d’aujourd’hui est la réforme ; la barricade a déjà accompli sa mission, si c’est vrai qu’elle en eu une, et dans les conditions actuelles c’est beaucoup plus un chemin vers a contre-révolution que pour la réalisation d’un progrès effectif et d’une authentique libération ; ceux qui la propagent et y recourent sont précisément ceux qui n’aspirent pas à la liberté ni à la démocratie, mais à l’instauration de nouveaux despotismes. Troisièmement : résumant, nous croyons qu’aujourd’hui la lutte contre le totalitarisme étatique importe beaucoup plus que celle contre le système capitaliste, lequel démontre déjà des fissures suffisantes pour que l’esprit d’initiative et désir créateur puissent pratiquer des formes de vie économique non-capitaliste ». Ces positions montrent clairement l’évolution et la dégénération finale de la conception révisionniste, éclectique et synthétiste : Santillán élabore de forme claire et ouverte ce que l’expérience historique des années 1920/30 avait pratiqué de manière honteuse : la possibilité de coexister et d’accepter le capitalisme, et pratiquer le socialisme libertaire comme des expériences marginales à l’intérieur du système.

Cette contradiction avait déjà été analysée par Nestor Makhno, des années avant la Guerre civile, lequel avait prévenu de la présence d’éléments idéologiques bourgeois et contre-révolutionnaires dans l’anarchisme espagnol. Dans sa lettre aux anarchistes espagnols pendant la crise de 1931, il prévenait : « Chers camarades Carbó et Pestaña : transmettez à nos amis et camarades espagnols, et à travers eux à tous les travailleurs, (…) Le prolétariat espagnol (ouvriers, paysans et travailleurs intellectuels) doit s’unir et imposer la plus grande énergie révolutionnaire pour donner lieu à une situation en que la bourgeoisie n’aie pas d’opportunité de s’opposer à la conquête de la terre, des usines et des libertés complètes ; situation qui serait de plus en plus large et irréversible (…) À mon avis, la fédération anarchiste et la Confédération Nationale du Travail doivent conquérir cette question sérieusement. (…) De la même manière, elles ne doivent pas craindre d’assumer de leurs mains la direction stratégique, organisative et théorique du mouvement populaire. Ils doivent évidemment éviter de s’unir avec les partis politiques en général et avec les bolchéviks en particulier, car j’imagine que les bolchéviks espagnols seront de bons imitateurs de leurs collègues russes. Ils suivront les pas du jésuite Lénine ou même ceux de Staline, (…) le silenciement de toutes les tendances révolutionnaires et la fin de l’indépendance des organisations des travailleurs ».

En réalité nous pouvons résumer cette conception du réformisme libertaire (c’est-à-dire, un réformisme de base anarcho-communiste/ anarcho-syndicaliste) en quelques traits fondamentaux : A) La conception théorique et de révolution : l’idée de révolution n’est jamais associée à la guerre révolutionnaire, au contraire elle est niée. La révolution est vue comme une transformation morale ; B) Stratégie politique économiciste et coopérativiste : reprenant des éléments de l’ancienne social-démocratie et annonçant les éléments de la conception postmoderne de « révolution pacifique » dans le capitalisme, on envisagea l’idée de formation de coopératives de travailleurs qui auraient le rôle d’éducation et gestion partagée des institutions capitalistes, créant des communautés auto-isolées à l’intérieur du capitalisme et qui seraient l’expression d’organismes « libertaires » ; C) Identification avec le libéralisme : la critique de l’État est réduite à la critique de l’excès de gouvernement et de fiscalisation des activités et initiatives privées.

En son texte, « L’Histoire de la Révolution espagnole, le rôle joué par les socialistes de droite, de gauche et par les anarchistes », Makhno approfondit encore plus ses critiques : « Ce qu’a empêché que les anarchistes convertissent leurs convictions en pratique, qu’ils transformassent une révolution démocratico-bourgeoise en révolution sociale ? D’abord, l’absence d’un programme spécifique et détaillé a empêché l’unité dans l’action, l’unité qui détermine la propagation du mouvement (…). Deuxièmement, nos camarades espagnols, comme beaucoup d’autres camarades de plusieurs localités voyaient l’anarchisme comme une église itinérante de la liberté. (…) Cela, en cette occasion, au lieu de réaliser la tâche historique de développer l’anarchisme en temps de révolution. Avec tout le prestige dont jouissaient aux yeux des travailleurs dans le pays, les communistes-libertaires espagnols et anarcho-syndicalistes échouent lorsqu’ils n’inclinent pas la tête des masses vers la révolution, et qu’ils titubent entre la Révolution et la conception petite-bourgeoise de celle-ci ».

Makhno a prévu les grandes déviations et limitations théoriques et organisatives de l’anarchisme espagnol. Makhno, qui avait été appelé bolchévik, prévenait du danger présent dans les alliances avec le parti communiste et avec le parti socialiste. Celle-ci serait réalisée dans la politique du front populaire dans lequel la CNT/FAI a été incorporée des années après. L’échec du syndicalisme révolutionnaire de la période comprenant les deux guerres (1914-1945) a permis la fortification de la politique de droite du marxisme, consubstanciée dans le modèle du Front populaire, qui fut adopté et exporté vers plusieurs endroits et contextes, spécialement vers la périphérie du capitalisme, dans des continents comme l’Amérique Latine, et a permis la faiblesse et la détérioration de l’anarcho-syndicalisme et des courants révolutionnaires du marxisme. La défaite du prolétariat espagnol, ainsi que Makhno avait prévenu, s’est constituée en une défaite du secteur révolutionnaire en échelle mondiale, qui serait difficile à supérer. Ainsi, sa critique est importante. Au même temps, la lutte des classes dans la périphérie capitaliste, particulièrement en Amérique Latine, démontrerait les limitations de tels courants. À présent nous discuterons ces événements :

2.3 – La crise du syndicalisme révolutionnaire en Amérique Latine et les successives capitulations d’anarcho-communistes, communistes et nationalistes

L’histoire du mouvement ouvrier et socialiste en Amérique Latine est complexe elle aussi. Et elle est représentative de l’histoire des courants socialistes dans les périphéries du capitalisme. Quelques facteurs ont été fondamentaux dans cette histoire : a) le premier, entre 1870 et 1890, est ce contexte de la répression contre l’AIT de la période post-Commune de Paris, dans laquelle les socialistes internationalistes avaient un spectre éclectique, dérivé du processus de révision et négation du Bakouninisme et influencé par l’émergence du terrorisme individuel et de l’individualisme petit bourgeois, qui arrivera en Amérique Latine et influencera le prolétariat et ses premières formes d’organisation ; b) le deuxième se développe entre 1890/1930, où nous avons la Révolution russe comme référence. Dans cette période commencent à être formés les Partis communistes alignés à la IIIe Internationale ; un troisième contexte est formé par l’émergence du nationalisme étatiste bourgeois, après la crise de 1929, et qui évoluera de différentes formes jusqu’à 1980 ; c) le troisième commence dans les années 1980 et s’étend jusqu’aux jours actuels par la confluence de plusieurs éléments issus de ces processus antérieurs.

On peut dire que, dans le premier contexte, la recherche des pays d’Amérique Latine par les internationalistes rémanescents de l’AIT était influencée en grande partie par la conception, de Bakounine, que la révolution arriverait dans les pays de la périphérie, d’où elle partirait vers le centre. Dans ce premier mouvement sont arrivés des militants, y compris Malatesta lui-même, qui agisseront en des pays comme l’Argentine et l’Uruguay, en créant des organisations syndicales semblables aux paramètres socialistes inspirées par le marxisme serait incipiente, exactement parce que l’orientation de la IIe Internationale Social-démocrate priorisait les pays industrialisés du centre du capitalisme. Dans cette première étape de la formation du mouvement ouvrier en Amérique Latine, les éléments du syndicalisme révolutionnaire arriveraient de manière diffuse et en différents degrés partout en Amérique Latine, spécialement en des pays comme le Brésil, l’Argentine et le Mexique, qui sont emblématiques de l’évolution postérieure.

Mais c’est dans la deuxième période, entre 1890 et 1930 que se donneront les événements les plus importants. La débilité de la présence du marxisme sera superée, étant donné que selon la ligne de la IIIe Internationale il fallait agir dans les pays « arriérés » du capitalisme. Et les bourgeoisies et les États développeront des instruments de répression, de contrôle et de cooptation des ouvriers. Jusqu’à la crise de 1929, le syndicalisme révolutionnaire était aussi une force importante, et quelques variantes comme l’anarcho-syndicalisme en Argentine ont même eu une présence remarquable dans la direction du mouvement ouvrier et paysan. L’expérience de la révolution mexicaine (1910-1917) a démontré au même temps toute la potentialité du mouvement ouvrier, populaire et paysan qui a mené à d’importantes mesures égalitaires, leur principal legs étant la Réforme Agraire. D’un autre côté, elles ont rendu évidentes de fortes débilités, ce qu’a mené à leur échec pendant la révolution même. D’ailleurs, le processus révolutionnaire mexicain a démontré aussi les lignes frêles dans lesquelles s’est organisé politiquement et idéologiquement le champ révolutionnaire populaire de ce pays, étant donné qu’il a perdu la dispute pour le secteur constitutionnaliste, lié à la bourgeoisie radicale. Ici il nous intéresse de signaler le rôle révolutionnaire joué par la paysannerie, qui s’est mise comme sujet de la lutte révolutionnaire, dissoudant ainsi le fétiche marxiste et anarcho-syndicaliste de la figure du prolétariat industriel comme sujet révolutionnaire « a priori ».

Cela aidera aussi à comprendre le rôle contre-révolutionnaire et conciliateur exercé par la Casa del Obrero, représentant mexicain de l’anarcho-syndicalisme et aussi de l’éclectisme. Dans le mouvement populaire et ouvrier mexicain il y avait l’influence de l’anarchisme éclétiste (anarcho-communisme, anarcho-syndicalisme), même s’il y avait dans le XIXe siècle une section de l’AIT influencée par des bakouninistes et des proudhonistes. Le fait est que l’anarchisme écletiste mexicain (basiquement l’anarcho-communisme) était présent fondamentalement dans l’action de Ricardo Flores Magon dans le Parti Libéral Mexicain, et, antérieurement, dans la Casa del Obrero, fondamentalement entre les années 1906 et 1910, développant un anarcho-syndicalisme. Par ailleurs, il agira dans l’articulation de grèves et de soulèvements d’indiens et paysans. D’un autre côté, les forces populaires de la révolution mexicaine étaient liées à Emiliano Zapata et Pancho Villa. Les deux ont organisé des armées qui sont parties vers le sud et vers le nord du pays, le premier lidérant l’Armée Libératrice du Sud. Ils sont ainsi devenus fondamentaux pour la réalisation de la Révolution mexicaine, étant nécessaire le combat des forces bourgeoises, qui a culminé dans l’assassinat des deux leaders populaires. De son côté, la Casa del Obrero, anarcho-syndicaliste, a soutenu les constitutionnalistes et a été aux côtés des forces les plus conservatrices de la révolution ; elle a combattu les Armées populaires de Villa et Zapata et, quand ceux-ci ont été assassinés, elle a été persécutée à son tour par le Nouveau gouvernement. Cela démontre encore une fois que l’anarchisme éclétiste, sans un programme et une idéologie définie, sert comme bras de la droite et de secteurs réformistes du mouvement ouvrier. Ainsi fut-il dans la Guerre civile mexicaine et dans la capitulation de l’anarcho-syndicalisme italien devant le gouvernement fasciste de Mussolini. La mort des deux principaux leaders révolutionnaires mexicains a démarqué la consolidation du pouvoir dans les mains des forces bourgeoises et capitalistes. Le legs principal de la Révolution a été la Réforme Agraire, qui est restée presque intacte jusqu’à l’arrivée au pouvoir des groupes néolibéraux dans les années 90.

On peut dire qu’il y a dans cette période trois expériences distinctes qui montrent les contradictions internes du mouvement ouvrier et aussi des courants, comme l’anarcho-syndicalisme, agissant à l’intérieur du syndicalisme ouvrier. Nous avons l’expérience de la révolution mexicaine (1910-1917), dans laquelle les mouvements ouvrier et paysan ont assumé des tendances révolutionnaires et ont mené à la formation d’un « gouvernement révolutionnaire », d’une révolution qui a assumé effectivement une forme « bourgeoise » en raison de l’absence de projet politique ; l’expérience argentine, avec la création de centrales qui réunissaient ouvriers et paysans et qui s’est configuré dans la dispute FORA x CGT (ou anarcho-syndicalisme X syndicalisme pur influencé par le syndicalisme français) ; et nous avons eu dans le cas du Brésil la formation d’un syndicalisme révolutionnaire de base régionale, sans grande présence dans la campagne et sans la formation d’une centrale syndicale importante et d’un mouvement de masses révolutionnaire d’abrangeance nationale.

En ces trois premières décennies nous avons eu la formation d’organisations importantes du prolétariat latino-américaine dans les trois pays : au Mexique, la Casa del Obrero, sous influence du PL (Parti libéral) d’orientation anarcho-communiste, qui a entretenu une relation tendue et contradictoire avec le mouvement paysan et qui a anticipé plusieurs contradictions du syndicalisme révolutionnaire ; en Argentine, celle de la FORA, et ensuite, d’une série de centrales syndicales qui conformeraient une dispute pour la direction du mouvement ouvrier et paysan argentin, jusqu’à la formation de la CGT dans les années 1920, qui est devenue la principale centrale syndicale argentine ; et au Brésil, la tentative de formation de la COB (Confédération ouvrière brésilienne, qui n’a pas réussi a se constituer effectivement comme une centrale nationale), l’articulation étant faite à partir des fédérations ouvrières régionales. Après la supération de la crise de 1929, il est devenu clair que le syndicalisme révolutionnaire avait péri en grande partie à cause de ses propres contradictions. D’un autre côté, les modèles de syndicalisme alternatifs et hégémoniques confluaient en plusieurs aspects : le syndicalisme national-corporativiste et le syndicalisme social-démocrate, actualisé par les partis communistes, se sont développés de manière limitée et contradictoire, subordonnée au premier.

Dans le cas des Partis Communistes, ils ont présenté, malgré de particularités nationales de représentativité et force politique, une évolution semblable. Ils ont eu tendance à s’intégrer dans la politique bourgeoise nationaliste, toujours maniée à travers le concept de Front Populaire ou Front Large avec la bourgeoisie nationale. La scission et la critique de cette politique se donnerait spécialement dans les périodes post-révolution cubaine. Depuis, plusieurs essais de dénonce et rupture avec la politique droitiste des Pcs ont eu lieu, mais sans que cela représente une rupture avec la théorie et le programme marxiste de la révolution permanente. La principale réaction à cette dégénération des Partis Communistes fut le foquisme, mouvement large et hétérogène qui avait des éléments communs, comme la défense de la lutte armée, sans avancer dans la critique théorique. Entre 1960 et 1980, le foquisme a aussi donné des exemples d’héroïque résistance et de tristes déformations, n’étant pas capable de présenter une alternative de masses.

Entre 1980 et 2000, nous avons le resurgissement du mouvement de masses en Amérique Latine, déjà dans la période post-dictatures. Ce mouvement sera caractérisé par deux processus : la négation partielle du « stalinisme » et la critique virulente de la lutte armée. Ce mouvement représenté dans le cas brésilien par la formation du PT et de la CUT aura des expressions variées en Amérique Latine, mais présente la tendance générale dont l’idée générique de « démocratie » videra le programme socialiste, qui sera combiné avec des mesures défensives anti-néolibérales. Dans ce cadre contemporain, un socialisme hybride dans le style du PT brésilien, du MAS bolivien, coexiste avec des rémanescents du nationalisme conservateur et du stalinisme, ayant comme point commun la convergence autour de la défense du développement capitaliste national et de la démocratie bourgeoise (tâches typiques de la première étape de la théorie de la révolution permanente).
Ainsi nous pouvons expliquer l’évolution contradictoire du prolétariat latino-américain et international et la situation d’intégration systémique où il se trouve par quelques facteurs:

a) Premièrement, soit à travers les centrales, soit de syndicats professionnels pulvérisés, l’évolution systémique des organisation syndicales fut nationale, ce qui a facilité son intégration systémique et dégénération bureaucratique, étant donné que le corporativisme surgissait aussi bien dans un modèle de syndicalisme révolutionnaire comme dans le modèle réformiste.

Les syndicats et organisations de travailleurs se sont adapté non seulement à l’idéologie de l’étatisme, mais aussi à la structure politique nationale elle-même – qui limitait leurs positions politiques et formes de lutte, en les canalisant devant des moments de crise vers les politiques de « salut national » ; b) Même lorsqu’elles étaient liées à des organisations « internationales », celles-ci étaient des organisations soutenues et crées par des États et agissaient pour les objectifs de la politique externe de ces États. Ainsi le « nationalisme » a imprégné toute la structure et l’organisation du syndicalisme. Cette caractéristique a renforcé et fut renforcée par le corporativisme, qui surgit spontanément de la division du travail capitaliste et qui a été incentivé par le capitalisme monopoliste d’État. Il y eut ainsi des mouvements volontaires d’adhésion aux gouvernements et la liaison au pouvoir central (présidentialisme et centralité personnaliste du pouvoir exécutif).

c) Troisièmement, nous pouvons dire que deux facteurs, un d’ordre objectif et l’autre d’ordre subjectif, ont créé une autolimitation au développement du prolétariat. D’un côté, le caractère contradictoire de l’activité syndicale qui combine la résistance au capitalisme avec la reproduction des relations de production capitalistes ; d’un autre le pragmatisme économiciste qui permet fréquemment l’accommodation des travailleurs. Cette situation objective de résistance pose des questions fondamentales. D’un autre côté le prolétariat a expérimenté pendant un siècle (1900-2000) les variantes des grands modèles de syndicalisme (le social-démocrate et le révolutionnaire) et aussi un syndicalisme nationaliste-corporativiste d’État. Mais ces modèles ont souffert des adaptations locales et ont toujours dégénéré en des formes qui ont facilité leur propre crise ; d) le syndicalisme pur et l’anarcho-syndicalisme n’avaient pas les instruments organisatifs, théoriques et idéologiques pour confronter le capitalisme et supérer les crises du prolétariat même. Il fut dévasté par la combinaison de répression, restructuration économique, auto-isolément et hégémonie du syndicalisme d’État.

Les courants socialistes et communistes ont aussi été cooptés par les politiques d’union nationale et front populaire, et ont échoué sous les dictatures lorsqu’il fut clair que le projet de « voie pacifique vers le socialisme » ne serait pas possible. Ainsi le développement subjectif du prolétariat n’a jamais été assis sur des théories, stratégies et formes d’organisation qui garantissent son développement autonome vers le socialisme. Le refus de la politique ou le neutralisme et l’économisme des courants variants du syndicalisme révolutionnaire, ainsi que le fétichisme de l’État, ont mené au même endroit : à l’adhésisme aux gouvernements nationalistes (cardeniste, péroniste et varguiste) et à l’intégration systémique des syndicats et organisations de travailleurs dans l’appareil d’État.

La crise de 1929 a mené à une restructuration de l’économie en Amérique Latine, ce qui est amplement reconnu, mais aussi à la formation d’un nouveau modèle de la relation de l’État avec les classes ouvrières de leurs pays respectifs, et au développement de l’étatisme comme force dans la classe ouvrière (ce qui n’était pas encore arrivé en Amérique Latine jusqu’à ce moment). Les États eux-mêmes ont créé un nouveau modèle de syndicalisme, national-corporativiste, centré dans l’idée de dialogue et collaboration avec les gouvernements et das le fétiche de l’État-protecteur, qu’il matérialisait dans l’image de partis ou leaders populistes. Ce modèle a permis l’établissement de compromis de duration éphémère par rapport à l’intégration des travailleurs dans la structure de décisions gouvernementales, mais de longue durée par rapport au contrôle de l’État sur les syndicats et les travailleurs. Ce compromis fut fondamental pour le développement économique et la formation d’une semi-périphérie en Amérique Latine, car il a assuré la reproduction des conditions nécessaires à la super-exploitation de la force de travail dans la région, une fois que le problème a été transformé en question « nationale », qui devrait être résolue par la réglementation de l’État.

2.4- Sur l’échec historique du communisme/social-démocratie et de l’anarcho-communisme/anarcho-syndicalisme et leur condition actuelle

Un bilan historique de ces courants constate qu’elles ont échoué. Non pas par manque de pouvoir ou d’expression de masses. Mais parce qu’elles n’ont pas accompli l’objectif qu’elles mêmes annonçaient : abolir la société de classes et l’État. Et elles ont échoué exactement par les raisons exposées ci-dessus. Nous pouvons aussi dire que cet échec ne signifie pas qu’elles aient simplement arrêté d’exister ou d’avoir de l’expression. Elles continuent à exister et se présentent comme obstacle au développement autonome du prolétariat international. Le marxisme se voit pris au dilemme de la théorie de la révolution permanente, et l’anarcho-communisme et l’anarcho-syndicalisme au dilemme de l’absence d’une théorie propre de la révolution (qui s’est transformée dans l’usage acritique de la théorie marxiste, et dans leur phase dégénérée dans la négation de la révolution en soi). En leur ensemble, ces courants se trouvent pris à des cercles historiques d’intégration systémique et de désintégration.

Mais presque tous les courants présentent, après un processus de crise, des tentatives de réorganisation internationale. Avec l’exception des révisionnistes de l’anarchisme. Une analyse critique des organisations et tendances dans l’actualité est donc nécessaire : 

La reprise stalinienne (Rencontre Mondiale de Partis Communistes et Ouvriers) : les PCS, liés en leurs pays respectifs aux directions réformistes et para-gouvernistes des syndicats, soutiennent leur action avec un mélange éclectique de régionalisme et rhétorique stalinienne, où ils se distinguent par leur manque d’analyses et caractérisations sociologiques, et règne la répétition continuelle et peu réflexive de consignes, plusieurs d’entre elles centrées en des processus d’intégration régionale, comme en Amérique Latine, qui possèdent comme axe le soutien à Hugo Chavez en Venezuela et à d’autres conjonctures semblables.

Ce processus d’intégration régionale a comme face réformiste l’Alternative Bolivarienne des Amériques (ALBA), dont les PCs évaluent comme l’élément le plus progressif de la lutte anti-impérialiste, démocratique et populaire dans le continent.

La 11e Rencontre Mondiale de Partis Communistes et Ouvriers, réalisée en New Delhi, Inde, expresse la tentative de réorganisation des stalinistes. Elle présente de grandes débilités, et, loin de se constituer en parti mondial, est disperse, sans unité théorique et tactique, se résumant à des résolutions généralistes de partis réformistes, social-démocrates de l’actualité. Malgré le fait qu’ils postulent la centralité de la crise systémique capitaliste (différente de l’ancienne 2e Internationale), ces partis en leur grande majorité croyent à la centralité de l’actuation par les voies institutionnelles. La stratégie mondiale des PCs passe par les renforcements « légaux » : le Conseil Mondial de la Paix, la Fédération Syndicale Mondiale, la Fédération Mondiale des Jeunesses Démocratiques, la Fédération Internationale Démocratique des Femmes, l’Alliance Internationale des Habitants, les Forums Continentaux et le Forum Social Mondial. En un certain sens, elle exprime la politique staliniste de gouvernements populaires des différents pays.

Trois faces du réformisme inné du trotskisme (LIT-QI, FT QI et CRQI) : dans l’actuelle conjoncture latino-américaine, derrière la présence majoritaire des PCs traditionnaux, divers groupements qui se revendiquaient révolutionnaires interviennent dans la lutte des classes des ouvriers et ouvrières. Nous soulignons cette analyse, les trois expressions les plus représentatives entre le grand nombre de courants et de tendances du trotskisme en notre continent. La LIT-QI (fondée en 1982) remonte au groupe trotskiste argentin créé par Nahuel Moreno en 1953, appelle GOM (Groupe Ouvrier Marxiste). Actuellement il possède environ 24 partis filiés et sa force majoritaire est en Amérique Latine, spécifiquement au Brésil. Pour la LIT, c’est un symptôme de la période actuelle de décadence explicite du capitalisme. Ainsi, son programme trace, comme but central du mouvement, la lutte anti-impérialiste et la nécessité d’une « Deuxième Indépendance » dirigée par la classe ouvrière. La LIT-QI/PSTU soutient la vision étapiste selon laquelle le principal instrument de domination colonial est la « dette extérieure » des pays de la périphérie par rapport aux pays du centre. Prétendant être différente du stalinisme, elle opère avec le même programme de lutte anti-impérialiste, réduisant l’anti-impérialisme à une lutte superstructurelle. Ce qui devient clair est qu’on travaille encore avec les catégories de la 3e Internationale Communiste et avec la perspective d’une théorie étapiste de la révolution. L’idée de « l’assemblée constituante » et de la politique de « l’unité d’action » ne font que montrer le caractère ambigu et vaccillant de la politique de la LIT, qui se meut avec des rudiments de la théorie staliniste, essayant de la nier, mais reproduisant le principal de sa stratégie : l’idée d’une lutte anticoloniale, avec son cerne principal sur la dette extérieure ; les politiques de collaboration avec les gouvernements de front populaire en Amérique Latine.

Ayant comme référence majeure le Parti des Travailleurs Socialistes d’Argentine, la Fraction Trotskiste Quatrième Internationale est une internationale trotskiste avec la présence de 9 pays, aussi bien du continent américain que de l’Europe. Fondée au début des années 90 après son détachement de la LIT-QI, elle maintient une certaine présence en groupements syndicaux majoritairement en Argentine. De son côté, la Coordination pour la refondation de la Quatrième Internationale, fondée en 2004, et qui a comme principale référence le Partido Obrero d’Argentine, est présente à ce jour en Amérique, Europe et Moyen-Orient. Même si elle fait des critiques contre l’abandon de la revendication de la révolution prolétaire de la part de groupes comme l’ex-Ligue Communiste Révolutionnaire française, et contre les pratiques gouvernistes de la LIT-QI, la FT-Qi et la CRQI maintiennent effectivement un discours révolutionnaire, mais se montrent incapables de développer une politique génuinement révolutionnaire. Pour ces deux courants internationaux, dont les différences sont plus petites que les similarités, il est nécessaire que l’opposition prolétaire se développe autour des directions réformistes et non pas ouvertement contre elles. D’un autre côté, son incapacité programmatique, intrinsèque à l’origine même du trotskisme, de rompre avec la perspective d’ « utiliser » le système représentatif démocratique bourgeois, les oblige nécessairement, lorsqu’elles consolident une force de masses, à abandonner la lutte directe du prolétariat contre la bourgeoisie dans les locaux de travail, pour lutter pour la répartition de miettes qu’offrent les systèmes électoraux des États capitalistes. La perspective de la CRQI, particulièrement, se soutient en une série de thèses qui analysent la présente conjoncture systémique mondiale comme la dérivation directe et presque unique de la désintégration de l’URSS et d’autres États ouvriers déformés, en ignorant volontairement le véritable rôle économique de l’URSS après la 2e Guerre Mondiale, et en laissant de côté l’évolution de la production capitaliste elle-même. Une pratique déterminée par le système démocratique bourgeois et une incorrecte caractérisation de la réalité résument le développement de ces trois courants majoritaires et représentatifs du trotskisme en Amérique Latine.

L’écroulement du maoïsme (le MRI et l’ILPS). Le Mouvement Révolutionnaire Internationaliste est un réseau mondial de partis maoïstes créé dans les années 80, qui vise la construction d’une nouvelle Internationale Communiste. La Ligue Internationale de Lutte des Peuples (ILPS) a été fondée en 2001 et est l’organisation internationale de masses impulsionnée par le MRI, qui a comme plate-forme organiser la lutte « populaire, démocratique et anti-impérialiste ». Ses cadres organisateurs et dirigeants sont les partis maoïstes comme le PCR des États-Unis, le Parti Communiste du Pérou, le Parti Communiste d’Inde, le Parti Communiste des Philippines, etc. L’analyse qu’ils soutiennent est que le capitalisme est en sa « phase finale et agonisante de vie », et que l’impérialisme et la crise mondiale sont des expressions de ce fait. Ces deux facteurs gèrent la rapine effrénée des nations exploitées (Moyen-Orient, Asie, Amérique Latine), dans laquelle ils diagnostiquent la nécessité immédiate de conformer le « Front Unique Anti-impérialiste, unissant toutes les classes et secteurs sociaux anti-impérialistes ». Pour réaliser la « révolution démocratique » dans les pays « semi-féodaux », les maoïstes du MRI caractérisent la nécessité de développer la guerre de guérillas dans le moment actuel. Les exemples contemporains démontrent que ce présupposé a été mis en pratique récemment, par exemple, par l’Armée guerilléra populaire de libération (EGPL) en Inde, l’Armée populaire de libération au Pérou, la Nouvelle armée du peuple aux Philippines, etc., dirigés par les respectifs partis maoïstes. Malgré leur tactique radicalisée, les événements du Népal mettent en échec la politique des maoïstes : une longue marche de guerre de guérillas, a terminé avec l’adhésion du PCN (maoïste) au nouveau parlement bourgeois du pays. La théorie étapiste, encore une fois, trahit les travailleurs. La perspective de la lutte impérialiste et de la révolution national-démocratique continue ainsi à être la principale caractéristique de cette stratégie, avec des variations en ce qui touche l’interprétation de tactiques spécifiques. Mais les cadres généraux de la théorie de la 3e Internationale (centralité du prolétariat industriel des pays centraux) et que dans les pays de la périphérie les tâches principales seraient « anti-impérialistes », données par leur caractère arriéré et/ou semi-féodal, qui qualifie leurs économies et leurs structures de classe
Luxemburgisme, marxisme de gauche et autonomisme : de la renonciation à la persperspective dialectique à la renonciation à la lutte des classes. En moindre mesure que les courants antérieurs, mais avec un impact croissant dans la jeunesse, étant donné l’échec prouvé et la liaison gouverniste du trotskisme, s’agrandit dans les dernières années progressivement et de manière particulière la présence de diverses expressions, quelques unes d’entre elles opposées mutuellement, mais qui tendent à s’identifier dans le marxisme ou communisme de gauche. Inspirés majoritairement en des références marxistes du début et du milieu du siècle antérieur qui se sont opposés à l’involution contre-révolutionnaire des bolchéviks en Russie, on peut remarquer le Courant Communiste International, le Groupe Communiste International et le Bureau International pour le Parti Révolutionnaire. Même s’il est impossible de trouver un axe unique des groupes qui s’alignent dans cette tendance, il existe des points centraux qui marquent leurs actuations. Le premier serait une interprétation partielle de la pensée et de l’œuvre de Marx, qu’ils citent parfois de manière confuse, et même contradictoire, présentant un Marx contraire à ses propres abordages étatistes. Le deuxième point en commun serait la renonciation à la perspective dialectique du processus révolutionnaire en son ensemble. Cela implique la non compréhension du présent et les nécessités qu’impose une étape marquée par l’offensive capitaliste contre les travailleurs du monde, écartant toute prémisse d’organisation revendicative permanente de la classe car ils la considèrent réformiste. En ce sens, sans savoir différencier programme revendicatif et programme finaliste, toute action finit par être stérile et peu objective. Le discours devient la stratégie centrale et même la pratique en soi, ce qui rend ces tendances attractives en apparence et quant à leurs formes, mais totalement vides en ce qui touche leurs objectifs.

Le révisionnisme anarchiste et sa forme internationale (SIL, ACAT/AIT, etc.) : le révisionnisme n’est toujours pas capable de réaliser des bilans historiques à partir d’une perspective de classe, séparant, en dernière analyse, ce qui a contribué de ce qui a préjudiqué, surtout ce qui est revendiqué anarchiste. Aujourd’hui il existe encore quelques formes rémanescentes, mais sans presque aucune expression, de l’ancien anarcho-communisme et anarcho-syndicalisme. Cela dit, l’anarcho-syndicalisme, en ses variantes orthodoxes (AIT) et hétérodoxes (CGT, CNT-F, FAU-Allemagne, etc.), possède une orientation incorrecte, étant donné que la lutte économico-revendicative des masses se sujette à la lutte politico-idéologique de leurs militants, où on assume comme principe d’association l’appartenance à un programme politique prédéterminé.

L’anarcho-syndicalisme et l’anarcho-communisme, sous leur forme de droite, se présentent aujourd’hui comme forme « coopérativiste » et restreinte de « mouvements » – sans structure, stratégie ni durabilité, ou alors dans la forme de « collectifs » fragmentés. Ils sont représentés par des courants comme l’ACAT/AIT.

Un essai, à présent stagné, de construction de la Solidarité Internationale Libertaire (SIL) fut acheminé par des organisations éclétistes, mais il n’a pas avancé à cause de la débilité de son orientation. Soit ces courants nient la réalité de la lutte des classes, soit ils ignorent les conditions de lutte idéologique et organisative à l’intérieur de la classe ouvrière. Sous la forme de gauche, il se présente comme « insurrectionnalisme » – orienté par des fragments de théorie « primitiviste » qui conduisent à des erreurs systématiques. L’insurrectionnalisme promeut des affrontements parfois héroïques, de grandes manifestations de masse, mais ne réussit pas à être une force sociale significative pour changer la société.

En situant les tactiques ou méthodes de la lutte ouvrière comme un principe et une fin en soi, ces groupes, régulièrement avec un programme et des bases éclectiques, finissent par faire la critique de presque toutes les formes d’intervention revendicative, considérant que celles-ci « font part du système », comme si elles n’étaient pas des produits de la classe même, de la production et de la vie sociale même des êtres humains. La Révolution Sociale sera pour supérer le capitalisme en particulier et toutes les formes sociales antérieures en général, et la lutte pour elle nous la ferons nécessairement, à l’heure actuelle, comme des prolétaires dans le système productif actuel, comme membres réglés par l’État et, de manière globale, dans le système mondial du capitalisme ultra-monopoliste. Nous n’abandonnerons pas ces conditions pour combattre le capitalisme : au contraire, en tant qu’ouvriers conscients, nous sommes une partie de la classe dont la mission historique est d’enterrer le capitalisme et de détruire l’État. Loin de poser comme centrales les questions de méthodes, déviant la perspective, nous les Bakouninistes Principistes, nous posons comme central notre classe et les exigences que son développement combatif et révolutionnaire impose. Devant le pari du révisionnisme (sous la forme anarcho-syndicaliste dogmatique, autonomiste, insurrectionaliste) de ne pas connaître les formes et les méthodes de domination de la bourgeoisie sur le mouvement organisé des travailleurs lui-même, nous développons la lutte des classes pour construire et pour nous réapproprier des outils de défense et offensive syndicale de notre classe. Cette même critique s’applique à l’insurrectionalisme, car il centralise son activité en un outil nécessaire, la violence, comprenant celle-ci comme une fin en soi, ou dans le cas moins pire, comme un moyen dans une stratégie « insurrectionnelle » simpliste, sans sustentation théorique /programmatique. Ayant comme axe de leur intervention l’action violente, ces groupes et individus prétendent tirer, derrière leurs actions, un soulèvement social, comme si l’exemple de leurs faits était capable, par soi, de rompre la tension existante entre les classes. C’est-à-dire qu’elle annule le protagonisme de l’action révolutionnaire du prolétariat et les auto-attribuent de manière égocentrique à eux mêmes et à leurs actions.

Le marxisme de droite et ses variantes diverses a la tendance à l’intégration systémique dans le capitalisme au moyen du réformisme parlementariste et du syndicalisme économiciste et nationaliste. Le marxisme de gauche (trotskiste et maoïste spécialement) finit couramment par se différencier de celui de droite seulement par le fait qu’il le dénonce, mais il reproduit la même théorie et programme, et la même intégration systémique, avant même de réussir à devenir révolutionnaire. Le marxisme de droite et de gauche restent pris au cycle recourant de la dégénération bureaucratique dans la situation prérévolutionnaire. Le marxisme d’ultragauche a tendu généralement, dans sa forme principale, le foquisme, à se désintégrer, soit par la répression, soit par le manque d’unité et de consistance théorique. Sous une autre forme, le communisme de conseils, il a tendu à se désintégrer du syndicalisme pur ou à être marginal sans réussir à approfondir la critique théorique. Les déviations opportunistes de droite et de gauche et les déviations volontaristes de l’ultragauche dans le marxisme ont produit toujours les mêmes résultats et expliquent la stagnation actuelle : intégration systémique ou désintégration cyclique.

L’anarcho-syndicalisme et l’anarcho-communisme qui se sont développé comme forme de négation du Bakouninisme ont eu une évolution semblable. La politique de droite s’est expressé dans la formation d’un réformisme libertaire, qui s’intègre dans le système capitaliste au moyen d’une stratégie également économiciste, mais de teneur éducationniste. C’est comme s’il était possible de créer des « îles » autogestionnaires et des communautés préfabriquées libertaires à l’intérieur du capitalisme. Cela s’est donné par l’affirmation du postulat de la diffusion des groupes « d’éducation » ou même par l’intégration en des « gouvernements », comme dans le cas de l’Espagne – qui a des cas historiques apparentés. L’anarcho-syndicalisme, quand il n’a pas été intégré par la politique de droite ou par le syndicalisme pur, s’isole dans le dogmatisme désorganisateur. Sous sa variante de gauche, les anarcho-communistes et syndicalistes arrivent tout au plus à postuler l’organisation syndicale des travailleurs et à reconnaître la nécessité d’une organisation anarchiste. Mais ils s’arrêtent là. Ils ne peuvent et ne réussissent pas à avancer dans la théorie de la révolution sans se nier eux-mêmes. Ils restent donc sujets à la marginalité, ne faisant que questionner le marxisme et critiquer ponctuellement la politique de droite (individualisme et éducationnisme) et ne se nourrissent que de cela en leurs quelques formulations théoriques. La politique d’ultragauche s’est manifesté par le terrorisme individuel et par l’insurrectionalisme de petits groupes sans coordination, qui ont montré leur inefficacité, malgré leur héroïsme, en Espagne et en Amérique Latine (spécialement en Argentine et en Uruguay dans les années 1920-30), et qu’existe toujours en Europe.

De cette manière, l’état de l’anarchisme international est dominé par les vertentes révisionnistes et éclétistes. D’où sa stagnation. Mais il est important de souligner que divers groupes qui s’autodénominent plate-formistes existent. Ce positionnement doit être mené à leurs dernières conséquences. Le véritable plate-formiste doit nécessairement marcher vers le Bakouninisme. Il n’y a plus de place pour des indécisions ou des indéfinitions. La crise et l’offensive du capitalisme exigent une position claire par rapport les questions posées ici. La tâche des Plate-formistes – qui doivent nécessairement marcher vers le Bakouninisme ou alors capituler dans le synthétisme, en niant l’héritage de Makhno – est de développer la lutte théorique et idéologique, impulsionant la lutte des classes. Il faut donc avancer. La même chose peut être dite aux camarades sincères (et non opportunistes) dans les organisations insurrectionalistes, anarcho-syndicalistes et éclétistes. Présenter les thèses générales de la théorie de la révolution intégrale appliquée à la lutte des classes dans les conditions du XXIe siècle, ainsi qu’une proposition concrète de lutte et d’organisation : voici la section constructive de la plate-forme de l’anarchisme révolutionnaire.

3- Théorie et Programme : les sujets révolutionnaires et les tâches de l’anarchisme dans le centre de la périphérie

Le bilan critique du mouvement révolutionnaire et de l’histoire de la classe ouvrière et de l’histoire de la classe ouvrière ne sera complet qu’avec la présentation d’une alternative. Ainsi on peut dire que dans le XXe siècle il y eut deux grandes lignes : 1) la ligne révolutionnaire-insurrectionnelle, qui a caractérisé, par exemple en Espagne, la première phase de l’Internationale Communiste, et qui s’est développé dans les luttes de libération nationale ; 2) la ligne réformiste-légaliste de l’Internationale Social-démocrate et de la deuxième phase de l’Internationale Communiste, de la conquête pacifique de l’État et la promotion de réformes à travers la politique du front populaire (antifasciste, ou anti-impérialiste).

Tous les courants du marxisme et du nationalisme (maoïsme, trotskisme, stalinisme, gramscianisme, castrisme, sandinisme) se sont développé à partir du programme et de la stratégie établis par ces lignes. Ils n’ont pas réussi à rompre avec le cercle vicieux qui les menait de l’intégration systémique à la désintégration cyclique. Une composante fondamentale de cette politique était l’alliance avec la bourgeoisie, matérialisée dans la tactique du front populaire ou anti-impérialiste. La discussion autour du front anti-impérialiste nous permet de poser quelques points importants de la construction de l’anarchisme révolutionnaire en tant que courant internationalement organisé.
Premièrement, la « tactique » du front anti-impérialiste faisait partie d’une politique : l’alliance avec la bourgeoisie nationale ou avec des secteurs de celle-ci, supposément en contradiction avec l’impérialisme, pour réaliser le développement ou l’indépendance nationale.

Deuxièmement, cette politique était dérivée d’une théorie, la théorie de la révolution permanente ou par étapes, dans laquelle ces réformes structurelles (ou révolution démocratique nationale) étaient la première étape obligatoire de la révolution socialiste. La phase socialiste – qui impliquait la dictature du prolétariat – serait, elle, encore une longue phase de transition au communisme (société sans classes et sans État).

La tactique du front anti-impérialiste suppose forcément un modèle social-démocrate ou étatique de syndicalisme, adéquat à ses objectifs stratégiques. Cette théorie posera donc toujours le problème de la destruction de l’État et des classes sociales dans un avenir indéfini et insaisissable. La théorie de la révolution permanente est condamnée à faire dégénérer les groupes dans la phase prérévolutionnaire sous la forme de collaborationnisme réformiste et intégration systémique, ou alors dans le moment postrévolutionnaire à travers le « stalinisme », qui n’est qu’un chemin plus long vers cette intégration dans le capitalisme mondial (comme la Russie et la Chine le montrent aujourd’hui sans aucun doute).

En ce sens, la théorie de la révolution intégrale bakouniniste part de présupposés complètement différents. Tout d’abord, le Bakouninisme a comme objectif programmatique le socialisme. Le socialisme n’est pas, dans la théorie de la révolution intégrale, une « phase » antérieure au communisme. Le socialisme est la société sans classes et sans État. Il n’est pas correct que le « communisme » tel qu’il est défini par Marx soit synonyme d’ « anarchisme » et « socialisme » tels qu’ils sont définis par Proudhon et Bakounine. Cela n’est pas correct, il existe une différence théorique entre la définition de socialisme en Bakounine et la définition de communisme en Marx. Le communisme est un concept programatico-théorique central en Marx, et il est en rapport avec sa conception d’histoire, c’est-à-dire, la théorie de la révolution permanente.

Le socialisme, dans l’anarchisme révolutionnaire, c’est le système social dérivé d’un mouvement global de collectivisation de la propriété privée et de la réorganisation du pouvoir basée sur les fédérations démocratiques du type Commune/1871 – Soviet/1917. La collectivisation et la fédéralisation comme modèle politique et économique implique dans l’auto-organisation et l’auto-direction de la société par les travailleurs, c’est-à-dire, l’autogouvernement. C’est pour cela qu’il faut, selon la conception de l’anarchisme révolutionnaire, combiner différentes formes de lutte, différentes formes d’organisation pour arriver à ce but. Les deux formes principales d’organisation sont l’organisation des révolutionnaires et l’organisation des masses.

L’organisation révolutionnaire a comme tâche d’initier, préparer et diriger la lutte révolutionnaire en combattant les lignes réformistes et conservatrices, et la tâche de l’organisation de masses de type syndicaliste-révolutionnaire est d’organiser le prolétariat pour ses luttes revendicatives immédiates et d’avancer son degré d’expérience et conscience de classe, devenant elle même ainsi le noyau de pouvoir de la révolution et l’embryon des institutions socialistes postrévolutionnaires.

Pour atteindre le but du socialisme il n’existe qu’un chemin, celui de la révolution. Et pour réaliser la révolution, le XXe siècle n’a enseigné que trois chemins ou modèles de révolution victorieuses : 1) L’insurrection générale campagne-ville (comme dans la Russie de 1917) ; 2) la guerre populaire prolongée (comme en Chine et au Vietnam) ; la guerre de guérillas de courte duration (comme en Cuba ou en Algérie).

Ainsi, les éléments essentiels du Bakouninisme sont exactement dans le fait que, partant de la théorie de la révolution intégrale, il prend comme programme général le socialisme, comme stratégie permanente la révolution, desquels les sujets nécessaires sont l’organisation révolutionnaire et l’organisation des masses travailleuses.

Mais ce sont des considérations préliminaires seulement pour définir les questions fondamentales. Quelles sont les tâches des anarchistes aujourd’hui ? Quelles tactiques et formes d’organisation et de lutte devons-nous développer ? Comment les travailleurs peuvent-ils s’organiser sans tomber dans les erreurs du passé et sans dégénérer dans le réformisme et l’opportunisme ?

3.1 – La structure de classes et la division internationale du travail dans le XXe siècle

Pour déterminer une ligne politique internationale et nationale pour l’anarchisme révolutionnaire il faut développer l’économie politique du système impérialiste mondial.L’analyse de ses contradictions et de l’impacte de ces contradictions sur la classe ouvrière internationale. Comprenant ces contradictions, nous pouvons délimiter quelques tâches concrètes pour l’organisation révolutionnaire et de masses, présentant des propositions de lutte et un programme de revendications immédiates qui soit lié au programme historique socialiste, et plus, qui contribue en partie pour l’approfondissement de l’antagonisme de classes nécessaire à l’éclosion d’une situation révolutionnaire.

Nous pouvons dire que le développement capitaliste, par son caractère inégal et combiné, déjà reconnu par divers théoriques, a créé une différentiation structurelle entre le centre et la périphérie, ainsi qu’une stratification interne dans le centre même (entre puissances comme les États-Unis, par exemple, et des pays comme la Suède ou la Hollande) et dans la périphérie, créant les conditions pour une différentiation en pays semi-périphériques (c’est-à-dire des pays qui ont réussi à développer le capitalisme national, s’approchant en termes de capacité industrielle et économique globale du centre, mais sans les caractéristiques sociales et le même pouvoir que les pays du centre, comme c’est la cas du Mexique et du Brésil en Amérique, typiques pays semi-périphériques).

3.2- Les contradictions de classe et les sujets de la révolution

Tous ces processus historiques et structuraux exigent une correcte compréhension des conditions de classe et d’autres contradictions sociales. Les contradictions de classe sont les principales, non qu’elles soient au-dessus des autres, mais parce qu’elles sont les seules qui traversent toutes les autres contradictions, et parce que c’est en elles que résident les bases du pouvoir de l’État et du capital – et par conséquence, le point sur lequel les actions qui prétendent résoudre toutes les questions structurelles doivent se concentrer.

En ce sens, nous devons comprendre que les travailleurs, ainsi que la bourgeoisie, sont diversifiés internement et que, pour déterminer une ligne politique internationale, il faut comprendre ces différences qu’iront se présenter dans les différents pays, et qui détermineront le lieu de certaines tactiques et certains axes du programme revendicatif.
Les sociétés continuent à être divisées en classe et cette division a toujours été complexe. Le développement capitaliste ne fait que transformer la complexité de la division, il n’existe pas une structure de classes qui soit « simple » ou « duelle » en l’histoire, moins encore en l’histoire du capitalisme. Les Classes Sociales sont des catégories structurelles du capitalisme, qui dérivent non seulement de la division du travail, mais des relations de production et propriété qui se stratifient et maintiennent une profonde différentiation par rapport au contrôle du capital. Ce sont les relations de propriété et production, dans un sens large, qui les définent, même si du point de vue de la lutte des classes elles ne se présentent pas toujours de forme duelle dont l’organisation structurelle du capitalisme elle-même la définit. La bourgeoisie est la classe propriétaire du capital, et le prolétariat est, par exclusion, la classe qui n’est pas propriétaire du capital. C’est important de souligner que ce qui définit le capitaliste n’est pas une propriété abstraite « en soi », ni pour le travailleur la propriété d’un moyen de production abstrait « en soi ». Même si pendant une courte période de temps cela fut vrai, en peu d’endroits, l’élément structurel est le capital, c’est-à-dire la propriété du facteur de production qui arrive à faire tourner le cycle d’accumulation.
Un travailleur qui a un outil ou une maison n’est pas un capitaliste, car pour être capitaliste il faut quelque accumulation qui permette que son accumulation qui permette que son activité soit déterminée par le processus d’accumulation de capital lui-même, et, par conséquence, qu’il assume le pôle d’exploiteur dans le rapport d’exploitation.

La confusion dérivée d’une conceptualisation abstraite de classes qui ne fasse pas mention au processus d’accumulation de capital ne peut que générer des erreurs de théorie et de tactique politique. Elle empêche qu’on réussisse à déterminer avec clarté les rapports de classe et les contradictions intra et interclasse.

Les classes sociales se différencient aussi par fractions de classe ou sous-classes. Ce sont des différentiations également structurelles, mais variables en fonction de la spécificité des activités d’accumulation de capital et travail elle-même, dérivées des secteurs de l’économie (commerce, services, industrie) et par son plus ou moins grand contrôle de capital (grande, moyenne et petite bourgeoisie).

En ce sens, la bourgeoisie tend à se différencier en une fraction industrielle, commerciale, financière, agraire, par exemple. Le prolétariat aussi se différence en fractions, comme le prolétariat industriel, les employés du commerce, le prolétariat rural et la paysannerie. Chaque pays selon sa position internationale du travail et sa propre évolution historique peut présenter ou non certaines fractions.

Les classes et fractions ou sous-classes se différencient objectivement, à leur tour, en des catégories occupationnelles : activités concrètes d’occupation dans le processus de travail et société, extrêmement variables dans le temps, l’espace et dans les différentes branches de l’économie. Ceux-là en vérité sont les agents immédiats de la lutte, étant donné que les fractions et les classes ne se manifestent pas de forme automatique dans le plan de l’action économique et politique.

Ces occupations sont elles-mêmes différenciées et stratifiées par la nature du processus de travail (manuel ou intellectuel) et sa combinaison concrète est extrêmement complexe. En plus de cette différentiation occupationnelle générale, il existe aussi la différentiation entre occupés et désoccupés – qui peuvent représenter autant les chômeurs que les travailleurs en cours de formation ou les temporaires.

Et même en raison de l’expansion des systèmes d’enseignement, la catégorie occupationnelle de l’étudiant se fait remarquer comme une catégorie de plus en plus importante, qui se met dans une position relativement intermédiaire entre les diverses occupations et la condition de désoccupation. Mais c’est une catégorie occupationnelle présente en presque tous les contextes, soit parmi les travailleurs en cours de formation ou en des secteurs qui deviendront désoccupés. Aussi la bourgeoisie (grande, moyenne, petite) passe par la formation à travers cette catégorie occupationnelle transitoire, mais elle en est une minorité.

En ce sens, l’ouvrier métallurgique, l’étudiant, le professeur sont des catégories occupationnelles, et les formes dont elles se rapportent avec les différentiations de classe sont complexes, mais la grande partie des catégories occupationnelles intègre obligatoirement le côté de la classe ouvrière dans la division de classes. Mais il est important de ne pas confondre les différences occupationnelles d’un genre quelconque avec les différences de classe.

Les classes, fractions, catégories occupationnelles sont aussi différenciées en des couches ethniques et/ou nationales. Les différences ethniques et nationales (parfois prises par le discours raciste comme raciales ou biologiques) sont dérivées de différences d’origine/ancestralité des groupes et individus, qui passent à s’identifier à travers un trait culturel quelconque (langue, religion, habitudes) ou « biologique » (couleur de la peau, type physique, etc.). Combinées avec ces différences existent les différences de gendre et génération, qui sont en rapport avec les concepts de la place des femmes et des jeunes et des gens âgés, normalement dérivée des idéologies dominantes et des processus objectifs d’accumulation de capital eux-mêmes, et de leur plus grande disposition d’incorporer, expulser ou exploiter ces secteurs.

Ce thème n’est pas secondaire. Au contraire, dans la phase ultra-monopoliste du capitalisme, ces différentiations acquièrent un sens renouvelé, et le capital et l’État utilisent ces différentiations comme des contradictions pour faire avancer le processus d’exploitation et domination. D’un autre côté, quelques théories finissent par prendre ces contradictions en soi – et ce faisant, non seulement elles perdent de vue leur réel signifié, mais elles se somment au discours du capital de vider l’idée de la lutte des classes.

En vérité, le double marché de travail – spécialement la sphère inférieure – est expandue par le capital ultra-monopoliste, ce qui arrive à travers les techniques toyotistes de précarisation qu’utilisent les différentiations ethniques, nationales, de genre et générations comme instruments de discrimination et super-exploitation. Pour combattre la super-exploration, on ne peut ignorer ni la différentiation de classes, dans laquelle s’origine, ni la forme concrète par laquelle se réalise la discrimination (ethnique, nationale, de genre, de génération).

Et, finalement, les classes, les fractions, les catégories occupationnelles et les couches se différentient encore par la position que les pays occupent dans la Division Internationale du Travail (centre, périphérie et semi-périphérie) – laquelle indique une stratification interne dans les mêmes classes, ce qui rend possible les dominations intra-classe en échelle internationale, contradictions entre les occupations et dificulte l’organisation unifiée de la classe dans le terrain national et l’internationalisme.

Ce qui est fondamental des contradictions de classe, c’est qu’elles se manifestent dans la société à travers la multiplicité objective des occupations et des couches sociales, ce que difficulte la perception subjective des travailleurs de l’unité structurelle de leur condition. Et le rapport entre la multiplicité objective et l’unité subjective ne peut être faite que par l’action et la lutte de classes. Mais la bourgeoisie aussi tend à la différentiation interne, qui s’exprime dans les luttes pour le pouvoir d’État, par des politiques économiques et dans le terrain international dans les guerres impérialistes. Dans l’économie, les disputes internes à la bourgeoisie sont résolues à travers la concurrence qui mène au monopole, dans le terrain politique, par la guerre et la violence de classe.

Les fractions du prolétariat (ses catégories occupationnelles et couches) qui tendent à devenir la force principale de la révolution en chaque pays concret, varieront en fonction de leur position structurelle stratégique (par exemple, l’importance de chaque secteur pour le PIB de chaque pays), de sa participation à l’ensemble de la force de travail (majorité, parcelle expressive ou minorité), expérience historique d’action et organisation (rapport de collaboration ou antagonisme avec l’État et les patrons), et finalement, par le degré d’intégration systémique (c’est-à-dire, accommodation au capitalisme) – qui tend à être le facteur déterminant pour sa mobilisation ou non dans le processus révolutionnaire, qui est un résultat de la combinaison des facteurs antérieurs.

Il est incorrecte de considérer qu’une fraction du prolétariat en spécial pourra seule diriger ou réaliser un processus révolutionnaire socialiste. Il existe des fractions qui seront imprescindibles au processus révolutionnaire, non comme « direction », mais comme sujets du processus, et celles-ci varieront de pays à pays, selon les différences économiques, historiques et la combinaison des divers facteurs indiqués au-dessus.

Mais ce qui est déterminant, c’est la mobilisation de parcelles expressives de toutes les fractions de la classe ouvrière existantes, par moyen des différentes catégories occupationnelles et couches sociales. Toutes ces différentiations montrent, non que les contradictions de classe aient perdu de l’importance, mais au contraire, qu’elles traversent toutes ces différences. Mais ce qui est inévitable, c’est qu’une politique internationaliste du syndicalisme révolutionnaire exige que les secteurs marginalisés du prolétariat dans le centre et dans la périphérie, intégrants de la sphère inférieure du marché de travail sont partie essentielle de tout processus révolutionnaire.

Et pour réussir à créer la polarisation de classes qui génère la dualité de pouvoir de la situation prérévolutionnaire, il faut une stratégie, un programme et une ligne d’action qui puisse résoudre les contradictions et différentiations de classe et qui permette leur unification internationaliste. Cela exige aussi la compréhension de la nature du capitalisme contemporain e de ses contradictions.

4- La conjoncture : Le capital, l’État et la lutte des classes dans l’actualité

Le développement de l’accumulation capitaliste en échelle mondiale peut être périodisé en quatre grandes étapes, caractérisées par différentes formes de division du travail international, relations de production et rôles de l’État. La phase du capitalisme concurrentiel (1760-1870), la phase du capitalisme monopoliste (1870-1920), la phase du capitalisme monopoliste d’État (1920-1980) et celle que nous pouvons appeler de capitalisme ultra-monopoliste (1980 jusqu’aux jours présents). Le processus de développement capitaliste en sa première phase fut marqué par la formation d’une relation de dépendance entre les pays d’Europe, qui occupaient le centre, et les autres pays coloniaux et périphériques. La cumularion capitaliste s’est réalisée par l’exploitation des pays coloniaux par les empires. La première révolution industrielle s’est développée en ce moment. Ce moment fut rapidement succédé par le processus de concentration de capitaux dans les grandes entreprises et corporations et développement du capital financier, lesquels furent accompagnés par les processus de centralisation étatique, spécialement en Allemagne.

L’impérialisme est essentiellement un système d’exportation de capitaux des pays du centre vers la périphérie. Tels changements dans la structure du capitalisme furent le produit autant de l’ascension de la lutte des classes en Europe que de la crise du capital. Au début du XXe siècle le monde a vu décliner les taux de productivité et de profit. Ainsi, dans l’origine de l’exportation de capitaux du centre vers la périphérie, était la possibilité et la nécessité d’augmenter le taux de profit à travers la super-exploitation du travail, imposée à l’extérieur.

L’impérialisme était au même temps le capitalisme monopoliste (des grandes banques et entreprises) qui investissaient dans la surexploitation de la force de travail dans la périphérie, salarié aussi bien qu’à formes non capitalistes. Le double marché de travail est une des principales institutions de l’impérialisme. Qu’est-ce que ce double marché ? C’est un marché qui possède deux niveaux, l’un supérieur et l’autre inférieur. Le double marché permet une segmentation du prolétariat par condition socio-économique, créant un marché de travail relativement protégé et bien rémunéré qui correspondait en général à la division entre pays de centre et de périphérie (la semi-périphérie y incluse), ou à l’intérieur du centre et de la périphérie, en un marché d’occupations bien rémunérées qualifiées, avec des garanties juridiques et socialement valorisées, et d’autres occupations dépourvues de cela. Ce processus de fragmentation est intensifié à présent par le capitalisme ultra-monopoliste.
Devant la grave crise du capitalisme des années 1920, la bourgeoisie a choisi des politiques d’interventionnisme d’État pour garantir la manutention et reproduction du système capitaliste. Ainsi, la guerre entre Empires qui s’est exprimée dans la Guerre Froide fut marquée par un modèle d’intervention étatique directe dans l’économie. Il s’agit du modèle fordiste-keynésien, qui fut forgé par l’élite organique de la bourgeoisie internationale et qui a eu comme pierre inaugurale le New Deal des États-Unis, se consolidant avec l’État de Bien-être Social de l’Europe Occidentale. Il est important de souligner que le socialisme réel aussi a suivi le modèle d’intervention étatique dans l’économie. Dans la périphérie, l’affermissement de l’État fut caractérisé par les différentes formes d’économie structuraliste/ « national-developpementisme » (péronisme, cardénisme, varguisme, etc.).
Le capitalisme monopoliste d’État a représenté le développement systématique de l’intervention de l’État dans l’économie, dans les pays du centre, avec le modèle fordiste-keynésien. Basé dans une politique micro-économique d’élévation des salaires moyens et création de salaires indirectes, il impliqua que, en termes internationaux, la sphère supérieure du marché de travail abrangisse quelque peu de pays du centre. La politique de l’État-Providence a compté sur le soutien décisif des syndicats réformistes européens et états-uniens qui ont promu une politique de collaboration de classes.

À l’intérieur des pays capitalistes, cette même logique de segmentation du marché s’est produit, en correspondant tantôt à des clivages ethniques (par exemple, les migrants en Europe et Etats-Unis), tantôt à des clivages sociales diverses (migrants des zones rurales du Brésil, ou même noirs) qui avaient comme destinée certaine l’occupation en des professions à basse rémunération et sans garanties. Le double marché garantissait ainsi les mécanismes concrets d’accentuation de l’exploitation du travail, l’augmentation des taux de plus-value absolue, et par conséquence le taux d’inégalité sociale entre centre et périphérie, et à l’intérieur du centre et de la périphérie, entre prolétaires intégrés et non-intégrés. Cette caractéristique fut le trait principal du développement capitaliste, même sous les conditions du capitalisme monopoliste d’État, dans sa forme fordiste-keynésianiste, et de l’État de Bien-être Social et de l’économie structuraliste/ national-developpementisme dans la périphérie. La question, c’est qu’il existe un rapport entre le développement sous forme fordiste et le sous-développement nationaliste dans la périphérie, puisque tous les deux faisaient partie de la même structure mondiale d’accumulation.

Dans le processus de développement mondial de l’accumulation capitaliste, se démontre la correction de la thèse de Bakounine sur la dialectique entre impérialisme (capitalisme monopoliste) et étatisme, où le développement de l’État fut normalement parallèle et en plusieurs moments une pré-condition pour l’impérialisme. Le rôle de l’État s’est accentué dans l’accumulation capitaliste, ce qui montre qu’il n’est pas un simple reflet des relations de production.

Dans la nouvelle phase ultra-monopoliste du capitalisme mondial, nous voyons quelques changements dans la structure de l’impérialisme : l’exportation prioritaire de capitaux vers l’Asie, combinée avec la diffusion d’un modèle micro-économique toyotiste (japonais) et des formes d’accumulation primaire (spécialement basées dans le modèle chinois), qui mènent à la surexploitation, à la précarisation et à l’esclavage. Ce modèle possibilite une plus grande croissance économique régionale en Asie, et il a impulsionné les processus de reformes de l’État dans le centre (Europe – États-Unis) et dans la périphérie, et a possibilité le développement du néo-libéralisme. Mais le trait principal de la période ultra-monopoliste du capitalisme, c’est qu’il étend des mécanismes qui étaient présents dans la structure de l’impérialisme à l’époque du capitalisme monopoliste d’État, spécialement le double marché de travail, qui est un des principaux mécanismes d’action de l’impérialisme.

La crise de 1970 a exprimé de grands problèmes macro-économiques (hyperinflation, dette extérieure) pour le système capitaliste mondial. Le saut réalisé du capitalisme d’État (caractérisé par l’intervention sociale de l’État, surtout dans le champ de l’économie) au capitalisme ultra-monopoliste a signifié la supération du modèle fordiste de production par le modèle toyotiste, basé dans l’augmentation de l’exploitation bourgeoise sur le prolétariat mondial. Toute cette période est caractérisée par le surgissement de gigantesques corporations multinationales, par le multicolonialisme renouvelé, le permanent et constant avancement technologique, la réorientation géographique des investissements impérialistes et un nouveau processus de Division Internationale du Travail (DIT), exprimé dans le constant dérèglement du marché financier, la dollarisation monétaire, de nouveaux processus d’accumulation impérialiste (privatisations) et le subséquent démantèlement de l’État de Bien-être Social.

La nouvelle division du monde a impliqué dans le surgissement de pays semi-périphériques caractérisés par plusieurs processus d’intégration capitaliste internationale. En 1990, l’Europe de l’Est fut incorporée au système international de pays semi-périphériques, composé par différents pays d’Amérique Latine, Asie et Afrique. Dans le monde entier, y inclus l’Europe Occidentale et les États-Unis, furent enregistrées des augmentations dans les taux d’inégalité et de pauvreté.

Les nouveaux fondements de l’accumulation pendant la période ultra-monopoliste sont la capacité de production mondiale d’innovations technologiques entre et parmi les branches de production et la décentralisation des processus productifs des pays centraux et industrialisés vers les pays périphériques et semi-périphériques, où se trouve le travail surexploité qui élève la productivité et l’intensité, c’est-à-dire, qui augmente l’exploitation capitaliste, produisant dans les branches et dans les pays des différences entre la valeur et la force de travail, engendrant des phénomènes capitalistes contemporains comme la précarisation, l’ampliation du marché informel et de nouvelles formes sous-humaines de travail. L’Amérique Latine, par exemple, a souffert une période d’intégration dans le système mondial qui comprend des années finales du XVIIIe siècle jusqu’à la décennie de 1930. Dans cette période, s’est réalisé une première DIT dans le continent, sous laquelle les pays centraux pillaient de la matière première et des produits agricoles du continent qui avait comme destin les nouvelles nécessités engendrées par le développement industriel de cette période, toujours orienté par les pays centraux. Ce processus a signifié pour l’Amérique Latine des taux d’inégalité de commerce et de la domination à travers la contribution forcée à l’accumulation de plus-value relative par moyen d’une augmentation dans le taux d’exploitation capitaliste des masses ouvrières de la région.

Dans les années postérieures à 1930, un nouveau processus de production et reproduction de nouvelles formes d’accumulation de capital suite à une grande générale du capitalisme international débouche dans l’industrialisation de la périphérie et la naissante semi-périphérie et le surgissement du Capitalisme d’État, qui dans les pays périphériques a orienté ce processus. Dans cette période se réalise une deuxième DIT, qui implique le surgissement et l’intégration industrielle de la semi-périphérie. Mexique, Argentine et Brésil sont les pays les plus représentatifs de ce processus, en Amérique Latine, représentatifs des pays semi-périphériques qui possèdent comme caractéristique le réinvestissement du Capital agro-exportateur en des industries non-durables et semi-durables, l’intervention étatique qui oriente le développement de l’infrastructure, transport, communication, énergie ; et l’industrie de base, sidérurgie, minération et pétrole.
La caractéristique politique de ce processus est l’amplification de la force de l’étatisme, à travers l’intervention étatique dans l’orientation politique et idéologique de l’économie structuraliste au niveau international du modèle fordiste-keynésien. Ainsi, les gouvernements de Getúlio Vargas au Brésil (1930-1945, 1951-1954), de Juan Perón en Argentine (1946-1955, 1973-1974) et Lázaro Cárdenas au Mexique (1934-1940) furent les responsables de la création des conditions nécessaires pour la croissance industrielle de 1950-60. Les conditions créées pour la deuxième Division Internationale du Travail surgissent après la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1945) à cause de l’implantation des plantes industrielles du centre dans les pays semi-périphériques d’Amérique Latine.

La croissance industrielle était conditionnée par l’entrée de grands volumes de ressources impérialistes (Investissement Étranger Directe) qui ont eu une influence concrète dans l’endettement progressif des semi-périphéries avec la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, avec le capitalisme international impérialiste. La différence par rapport aux pays centraux en leur processus d’industrialisation, c’est que dans la semi-périphérie ce processus se caractérise par les relations de domination entre nations centrales et semi-périphériques exprimées dans les courants de la dépendance nationale, de l’industrialisation dirigée par la politique extérieure des pays centraux. Cette caractéristique et ce processus donnent origine à l’expansion de la bourgeoisie internationale, qui engendre le bloc de la bourgeoisie impérialiste avec la bourgeoisie dépendante des semi-périphéries qui, en étroitant leurs relations donnent origine à une bourgeoisie internationale et associée.

Pour le prolétariat, ce processus signifie la surexploitation à travers la compression salariale, l’intensification du travail, l’augmentation de la journée de travail, et une nouveauté de ce processus, l’avancée technologique (et avec lui l’augmentation de l’armée industrielle de réserve), en plus de la segmentation du travail en des secteurs inférieures et supérieurs du prolétariat, fondementée en des différences nationales, ethniques, raciales et de catégories professionnelles.

Dans cette période le Capital et l’État ont généré des contradictions de classe à une échelle de nations, des contradictions entre pays qui se sont exprimées dans le sous-développement dépendant des semi-périphéries par les pays centraux, une expansion dans les relations d’exploitation du prolétariat mondial par la bourgeoisie, permise par l’expansion du Capital et garantie, reproduite et renforcée par l’État. Au niveau historico-universel, ce processus s’est exprimé concrètement par l’impossibilité du pacte réformiste du centre sous le modèle fordiste dans la semi-périphérie, par la négation totale de toute renégociation de la dépendance ou de la diminution de l’exploitation et de la moindre garantie de bien-être social du prolétariat, c’est-à-dire, de toute lutte revendicative, légale et pacifique, par œuvre et grâce à la plus forte réaction de la dictature militaire bourgeoise en Amérique Latine.

Après le saut du Capitalisme d’État vers le Capitalisme ultra-monopoliste, caractérisé par le constant dérèglement du marché financier, la dollarisation monétaire, des nouveaux processus d’accumulation impérialistes (privatisations) et subséquemment le démontage de l’État de bien-être, les rapports d’exploitation opèrent une nouvelle transformation, qui a impliqué dans le retrocès agro-exportateur dans la semi-périphérie et dans l’intensification de la lutte des classes. L’intensification de la précarisation du travail, la surexploitation et l’augmentation du conflit agraire et ethnique pose l’ancien modèle en crise et provoque la lutte par la défense de la garantie des droits.

La stagnation relative crée les espaces pour la formation de « Fronts Populaires anti-néolibéraux », qui démontrent la crise du prolétariat dans son propre champs de bataille (exprimé dans les directions réformistes et bourgeoises qui directionnent ses luttes) et en sa lutte contre la bourgeoisie mondiale et son modèle d’exploitation et misère ultra-monopoliste.

Le développement de cette période coule parallèlement au développement du « Néo-populisme Latino-Américain », surgi de la continuation de la crise du prolétariat et du développement de la lutte des classes, après les crises et luttes menées entre 1997 et 2003, dont le point clef d’intégration est dans le degré de la contradiction de leurs politiques, les intérêts des masses exploitées et le modèle ultra-monopoliste du Capital /Impérialisme. Dans cette période nous contemplons une nouvelle dilatation des formes d’accumulation de Capital par « l’accumulation flexible » et le changement de l’épicentre semi-périphérique en expansion de l’Amérique Latine vers l’Asie. Le modèle semi-périphérique asiatique continue l’orientation de l’impérialisme, basé dans une plate-forme d’exportations, en maintenant les rapports de domination capitaliste à travers la satisfaction des besoins et des demandes extérieures de l’économie centrale-bourgeoise globale. Ce changement géographique transforme les relations entre les pays et entre les classes et crée tout un nouvel univers de contradictions pour le prolétariat mondial.
La crise actuelle du capitalisme mondial représente une rupture avec le long cycle d’accumulation de capital initié en 1960, qui s’exprimait en une nouvelle configuration de l’économie bourgeoise, caractérisée par la lutte entre deux modèles économiques (étatisme structuraliste et néolibéralisme) et la confrontation géopolitique internationale inter-impérialiste pour l’hégémonie mondiale des États.

La particularité historique du contexte actuel réside non pas en une simple contradiction du crédit et des finances, ou en une crise classique de surproduction, mais dans les transformations provoquées par l’actuel scénario de la société bourgeoise. Pour l’Amérique Latine, cette période se caractérise par la stagnation opérée depuis la décennie de 1980, qui invertit la continuelle tendance de croissance d’accumulation de capital, indépendamment de la politique expansive dans le continent sous la nouvelle DIT, où l’Asie assume la position-clé. Dans le même cycle de croissance et expansion en échelle globale, certaines régions registrent des conditions régressives en comparaison avec la période antérieure, même si ces récessions n’impliquent pas une crise structurelle, mais des effets de restructuration et hiérarquisation du capital en échelle mondiale. Au même temps, dans cette nouvelle DIT les conditions de développement des crises sont très différenciées, étant réservée à l’Amérique Latine des contradictions et des disparités, aussi bien entre Brésil, Mexique et Argentine, comme entre ces pays et les autres pays du Cône Sud et le l’Amérique Centrale et des Caraïbes.

Actuellement, en 2008, la bourgeoisie a répondu à la crise avec des mesures anticycliques proposées par le FMI et la CEPAL, où on présencie l’ouverture d’une nouvelle conjoncture, où les organismes financiers de l’impérialisme adoptent des mesures étatistes pour la réglementation des politiques financières de l’économie capitaliste. Étant la conjoncture actuelle un processus en cours, nous pouvons développer théoriquement plusieurs possibles scénarios qui pourront varier par rapport à l’activité et à la lutte des classes. La présence ou absence d’un des facteurs peut montrer l’actuation des tendances et/ou des contre-tendances d’aggravation de la crise capitaliste et son actuelle norme d’accumulation. Notre situation actuelle, au niveau historico-universel, se caractérise par les éléments sociaux suivants :

a) L’immaturité des contradictions inter-impérialistes, entre les blocs de Russie/Chine et USA/UE.

b) L’action capitaliste internationale à travers la coordination bancaire et l’action des entreprises, exprimée dans les aides étatiques des banques centrales.

c) Caractère synchronique, inégal et combiné de la crise actuelle, avec des effets de récupération lents et subordonnés à la lutte entre et des classes.

d) Accumulation de capitaux basée dans les bourses spéculatives et dans la symbiose économique entre les pays (systèmes financiers entre USA/UE, intérêts commerciaux et fiscaux USA/Chine).

e) Le mouvement prolétaire se trouve submergé dans une grande crise d’orientation, de direction et d’organisation.

La situation historico-universelle présente un scénario complexe, cependant, c’est le conflit entre les classes le facteur décisif pour le résultat des contradictions. Le prolétariat doit entrer dans la praxis historique s’il ne veut pas voir passer au-dessus de sa tête encore une fois le devenir historique.

5- La lutte des classes aujourd’hui : la création d’une opposition autonome dans le mouvement de masses

Devant ce tableau, il faut réaffirmer une politique déterminée. On peut dire qu’aujourd’hui, nous avons quelques tâches générales permanentes, si nous voulons prendre au sérieux la lutte pour le socialisme et pour l’émancipation de la classe ouvrière internationale.

A. Le socialisme en tant que programme/objectif implique la destruction du système capitaliste, la collectivisation générale et le fédéralisme, la destruction des inégalités de classe et de l’État et de tout le système impérialiste, c’est-à-dire, dans l’autogouvernement des travailleurs selon le modèle Commune-Soviet.

B. La stratégie pour la construction d’une société socialiste, c’est la révolution, et non des réformes progressives, ni la révolution démocratico-bourgeoise ou anti-impérialiste, ni une révolution avec programme partial (une étape de transition menée par un État et une Dictature vers un communisme dans un avenir indéfini). La révolution est socialiste et a comme objectif la réalisation intégrale du socialisme dans l’immédiate période postrévolutionnaire.

C. La tactique ou pré-condition de cette révolution sont : Organisation Internationale des révolutionnaires sous le programme Anarchiste et organisation Internationaliste des Travailleurs, bien comme les unités de base du syndicalisme révolutionnaire dans les différents pays. Ces organisations lieront le programme revendicatif de masses, basé dans la négation du capital ultra-monopoliste et de l’étatisme (structuraliste) avec les objectifs programmatiques socialistes. Dans le centre, cela implique dans la défense de l’élargissement des droits et de salaires égaux pour toutes les occupations (manuelles et non-manuelles), et pour toutes les couches du prolétariat et ses minorités. Dans les périphéries, dans la lutte pour l’égalité envers les pays du centre des salaires directes et indirectes, liberté d’organisation et de propagande pour les travailleurs et autonomie. Pour que nous puissions présenter notre ligne politique, nous avons besoin de marquer la différence par rapport à la ligne qui a prédominé dans le XXe siècle, la théorie communiste de la révolution permanente. Dans le plan de l’organisation politique, cette théorie s’est cristallisée dans la politique du front anti-impérialiste. En sa version révolutionnaire, elle a résulté dans les mouvements de libération nationale en quelques pays de la périphérie (dans la majorité des cas, par rupture avec l’orientation dominante venue de l’URSS). Dans la version réformiste, la plus généralisée, elle préconisait la conquête de l’État par moyen des élections et la réalisation de réformes structurelles. Dans le plan de l’organisation des masses, elle impliquait dans le syndicalisme du type social-démocrate, qui subordonnait les objectifs des syndicats aux objectifs du front lui-même, et limitait la lutte économique à l’économisme – qui était introduit de « dehors » de la classe par la ligne politique réformiste. Cet économisme impliquait dans l’acceptation et l’affermissement des contradictions et différentiations dans la classe ; au centre, dans l’acceptation de l’état de bien-être social, en sacrifiquant les travailleurs de la périphérie dans leur ensemble ; dans la périphérie, certaines catégories professionnelles ont accepté quelques compromis, sacrifiant les autres, qui composaient les grandes masses de travailleurs. La lutte économique et politique des travailleurs étaient limitées à l’économisme, c’est-à-dire, aux objectifs économiques adéquats à la tactique du front anti-impérialiste et à la théorie et stratégie de la révolution permanente.

Il est important d’indiquer que le socialisme, dans la théorie anarchiste de la révolution, est un ensemble de mesures concrètes (économiques, politiques et sociales), et qu’il est en rapport avec la lutte des classes et au développement historique du processus révolutionnaire. Ce programme est partie de l’organisation révolutionnaire anarchiste et définit sa fonction. Au même temps, il est en rapport au programme revendicatif appliqué dans les luttes locales et immédiates des travailleurs, et est aussi soutenu par l’organisation anarchiste, à travers la création d’organisations de masse qui maintient sa relation avec l’objectif socialiste et révolutionnaire non par décret ou déclaration idéologique formelle, mais parce que les mesures du programme revendicatif et la lutte qu’il engendre et qu’il potentialise font partie des conditions nécessaires pour le développement du processus révolutionnaire lui-même. Ainsi, le socialisme est un programme à appliquer intégralement dans la situation postrévolutionnaire, et le programme revendicatif non seulement a en germe les éléments de la société socialiste, comme il aide à préparer les forces collectives du prolétariat à réaliser la révolution socialiste. C’est pour cela que l’organisation politique (de type-alliance) maintient une relation dialectique avec l’organisation de masses (type-AIT), car ces organisations permettent au même temps la défense intransigeante de la théorie et de la politique révolutionnaire anarchiste, et l’expansion non sectaire du mouvement des masses, en éliminant les questions d’ordre idéologique, religieuse, morale, etc. des conditions pour l’organisation des travailleurs, en fortifiant l’unité de classe. Le programme socialiste, c’est-à-dire, cet ensemble de mesures concrètes à être appliquées après une révolution est :

1) Liquidation de tous les dispositifs d’État (parlement, pouvoir exécutif, forces armées, bureaucratie, diplomatie) ;

2) Suppression de l’administration d’État monarchique, dictatoriale ou républicaine ; armement général et universel du peuple et sa transformation en peuple-armée-révolutionnaire ;

3) Institution des Communes Soviets comme organes base de gestion de la société (les communes locales éliront des représentants pour les Communes-Soviets Régionales et celles-ci pour le Congrès National qui constituera la Fédération Socialiste) comme forme d’Autogouvernement des travailleurs ;

4) Élection directe et mandats impératifs pour toutes les instances de telle fédération et nivelation des salaires des représentants élus avec le salaire-base des travailleurs ;

5) Collectivisation des entreprises étrangères et multinationales en chaque pays ;

6) Collectivisation des terres et ressources naturelles des pays ;

7) Création de commissions locales de gestion économique, pour garantir le contrôle du prolétariat sur les différentes branches de l’économie et de la société dans les locaux de travail et productions qui garantissent leur gestion libre et démocratique ;

8) Publicisation de tous les traités et mesures du Gouvernement Révolutionnaire et des gouvernements bourgeois antérieurs, ainsi que ceux des institutions économiques ;

9) Promotion de la liberté de propagande, organisation et des croyances culturelles et religieuses ;

10) Reconnaissance du droit d’auto-détermination des peuples, à travers la politique internationale, à la lutte révolutionnaire contre l’impérialisme et internement pour la reconnaissance du droit de sécession et sobéranie des peuples.

La politique dérivée de la révolution permanente a annihilé l’internationalisme et le classisme. Les travailleurs ont abdiqué de la solidarité internationale au nom de pactes nationaux. Ceux du centre ont sacrifié ceux de la périphérie en leur ensemble. Ceux de la périphérie sacrifièrent certaines catégories professionnelles. Le capital ultra-monopoliste maintenant dévore ce pacte et avec lui les travailleurs eux-mêmes et leurs illusions. Notre ligne politique ne pose pas la centralité dans la conquête de l’État. Ainsi les luttes économiques et politiques acquièrent une autre signification et place. La vision de la lutte anti-impérialiste doit mener nécessairement à un abordage critique du concept d’impérialisme de la perspective bakouniniste. En ce sens, pour pouvoir faire une définition bakouniniste d’impérialisme il est nécessaire, d’abord, d’identifier ce que Bakounine avait défini par étatisme et les forces collectives qui définissent de manière résumée le rôle de l’État dans l’histoire et dans le capitalisme. Ce qui caractérise le capitalisme pour Bakounine est l’exploitation des forces collectives du prolétariat, dans laquelle l’État accomplit un rôle fondamental de garant des conditions sociales nécessaires par la violence.

Dans la théorie de l’impérialisme il existe des différences. Il y a une prédominance théorique de la ligne staliniste-maoïste basée dans la théorie de la coexistence pacifique, mais il y a aussi une dispute dans la caractérisation du concept d’impérialisme, qui a de graves conséquences. D’un côté existe une caractérisation de l’impérialisme comme phénomène d’échanges inégaux dans lequel la trasférence de capital est le noyau principal. C’est-à-dire, le problème est posé sous l’optique bourgeoise, de la plus grande ou plus petite accumulation de capital local, d’où l’on voit la nécessité d’un État fort pour combattre l’exploitation externe, et ainsi l’idée de l’alliance avec la bourgeoisie nationale est centrale. Cette vision considère tous les problèmes de l’exploitation du travail comme secondaires, comme si l’impérialisme était l’exploitation de la nation en son ensemble. D’un autre côté nous avons la théorie de l’impérialisme qui comprend que le centre de l’impérialisme est dans l’exploitation et surexploitation du travail et dans les formes de son organisation de manière à augmenter le taux de bénéfit, c’est-à-dire, dans le contrôle des forces collectives du prolétariat, étant la transférence de capitaux vers les pays basée exactement dans la plus grande ou plus petite possibilité de contrôler les forces collectives et productives, ce qu’exige souvent un État répressif.

C’est la forme particulière assumée par ce rapport général de surexploitation qui doit être identifiée par l’analyse matérialiste bakouniniste, pour que l’on puisse tracer la ligne, politique et de masses, d’intervention dans les différents pays. Par exemple, la réduction salariale par des mécanismes toyotistes est un élément international. Certes, le toyotisme précarise les rapports économiques des travailleurs, flexibilise les relations de travails – c’est un caractère international ou général. Ce qui est particulier, c’est le secteur de la société qui sera discriminé et marginalisé, soumis à des rapports de surexploitation spécifiques, c’est la dimension qu’assumeront les fractions de classe, catégories, couches, à l’intérieur d’un système économique (ce qui conditionne la forme d’abordage et le protagonisme de plusieurs secteurs sociaux). En ce sens, nous comprenons que nous devons faire un abordage plus complexe, exactement en faisant que la lutte anti-impérialiste soit englobée dans la lutte contre l’exploitation dans le local de travail. C’est exactement par le fait que l’impérialisme est un phénomène économique et politique, d’infrastructure, que la lutte anti-impérialiste, du point de vue bakouniniste, ne peut pas reproduire la stratégie de la lutte super-structurelle (opposant contrôle national X contrôle étranger d’entreprises et ressources stratégiques au moyen de l’État).

Ainsi, sachant qu’un des mécanismes principaux de l’impérialisme réside dans la centralité et dans la particularité que l’exploitation assumera, en garantissant de plus grands taux de bénéfit et transférences de capital vers les pays centraux, nous devons avoir une autre ligne d’action. En vérité, ce que nous voulons poser, c’est que c’est dans la lutte du mouvement ouvrier dans les grandes entreprises industrielles et banques multinationales, dans le secteur agro-exportateur et etc., qui existe la place effective de la lutte anti-impérialiste selon l’optique bakouniniste. La lutte économique elle-même doit être ressignifiée. La lutte pour l’augmentation salariale doit être politisée comme lutte contre l’essence de l’impérialisme elle-même, qui est l’inégalité internationale de salaires et la plus grande exploitation (et annihilation de droits politiques et sociaux) des travailleurs de la périphérie.

En vérité, la lutte anti-impérialiste doit reconnaître la centralité de l’exploitation (et c’est ce que défend Bakounine) dans la société capitaliste. Du point de vue bakouniniste la lutte anti-impérialiste ne peut pas être la lutte pour une plus grande accumulation capitaliste locale qui résulte en meilleur distribution de revenu (qui est le réel contenu du chavisme et du bolivarianisme populiste en Amérique Latine), mais c’est la lutte contre l’exploitation et la surexploitation qui est la forme particulière qu’assume l’impérialisme dans les pays périphériques. D’ailleurs, la restructuration productive toyotiste elle-même amplifie la surexploitation dans le centre (sur les migrants et minorités), en créant des conditions objectives pour l’organisation internationaliste des travailleurs. Cela implique dans la lutte contre les mécanismes et effets économico-politiques de la restructuration productive (chômage, externalisation et précarisation du travail, etc.). Cela implique aussi l’action directe contre les grandes entreprises monopolistes et agro-exportatrices, la bannière du contrôle ouvrier sur la production dans les secteurs stratégiques de l’économie (comme le pétrole, hydrocarbone, gaz), car ce contrôle est ce qui assure la rupture avec la chaîne impérialiste mondiale. Et le contrôle ouvrier n’est pas la cogestion étatique ou la gestion coopérative, c’est le contrôle par le pouvoir de pression associatif du processus de production lui-même. Ainsi, nous devons aborder le problème de la nationalisation de ce point de vue, au lieu d’opposer la lutte anti-impérialiste pour la nationalisation aux luttes économiques (unes comme « politiques » et autres comme « économiques ») ; nous devons voir que dans une politique déterminée, elles sont économiques et politiques au même temps.

Pour rompre le bâtiment impérialiste il faut rompre les liens capitalistes dans les périphéries et semi-périphéries du capitalisme, ce qui provoquerait une crise des bases économiques qui soutiennent une autre face de l’impérialisme, qui est la cooptation économique de secteurs du prolétariat intégrés dans les intérêts de la bourgeoisie nationale dans le centre (possibilité exactement par le taux extra d’accumulation de capital issue de la surexploitation de la périphérie et des travailleurs marginalisés dans le centre). La révolution socialiste internationale tend à être de la périphérie vers le centre, dans le sens que, pour que l’impérialisme soit détruit, il est indispensable qu’on détruise les relations de dépendance et surexploitation, et dans ce processus, les travailleurs de la périphérie eux-mêmes sont les protagonistes. Mais cette tendance ne signifie pas que la révolution dans la périphérie se donne de façon endogène, au contraire, elle est nécessairement un processus combiné de lutte des classes qui se développe dans les pays du centre et de la périphérie, pouvant se donner des avancements dans la lutte des classes et même des révolutions dans le centre qui alimentent la lutte des classes et la révolution dans la périphérie. Mais le fondamental, c’est qu’aucune révolution internationale sera socialiste si elle n’a pas dans la périphérie non seulement un point d’appui, mais le protagonisme dialectique et combiné avec la lutte des classes dans le centre. Dans ce sens, les travailleurs doivent avoir une stratégie internationaliste de rompre le lien de production impérialiste, en diminuant le taux de bénéfits dans la périphérie et aidant ainsi à agoniser la crise du capitalisme en niveau international, car en rendant impossible la surexploitation dans la périphérie s’ouvre aussi de la place pour impossibiliter les concessions économiques et la cooptation des syndicats et de la classe ouvrière dans le centre. C’est-à-dire, l’on crée de la place pour l’avancement de la révolution prolétaire dans le centre à partir de la crise du système, provoquée par la lutte des classes dans la périphérie. La thèse de la « Révolution dans la Périphérie vers le centre » (défendue par Bakounine) s’applique aussi en échelle internationale à l’économie politique du système mondial.

C’est dans ce sens que nous visualisons notre thèse sur la révolution internationale, qui doit être de la périphérie vers le centre e du bas vers le haut, aussi bien dans le sens économique que dans le politique. En ce point, l’analyse sociologique et économique bakouniniste se montre différenciée, ni super-structurelle, ni infrastructurelle, mais dialectique, car elle pointe les éléments politiques des luttes économiques et le contenu économique de la lutte politique. Sans cet abordage théorique différenciée, il n’existe pas de tactique, ni stratégie différente des stratégies nationalistes bourgeoises et communistes réformistes, et les travailleurs se perdront sans programme immédiat et sans programme révolutionnaire. Ainsi la théorie est centrale, comme l’affirmaient Bakounine et des révolutionnaires comme Nestor Makhno et Jaime Balius. Les luttes économiques et politiques se réalisent par des formes légales et illégales, publiques et clandestines, idéologiques et théoriques. Il faut comprendre et combiner ces formes de lutte, qui ne correspondent pas à une division entre les organisations « syndicales » et « politiques » (les syndicats autant que les organisations politiques révolutionnaires font des luttes légales et illégales, publiques et clandestines, et il existe des formes de lutte légale qui ne sont pas étatiques, comme la lutte théorique des intellectuels). Il n’y a pas de cision absolue entre ces formes de lutte, mais des combinaisons complexes historiquement déterminées.

5.1- Le problème des crises du capitalisme, de la crise d’organisation du prolétariat et de la ligne de masses internationale

Une autre composante fondamentale de la ligne politique et de masses réformiste est sa dépendance de la « crise du capital ». L’idée de la crise du capital est fondamental pour légitimer la politique réformiste, car elle se légitime pour avoir un programme pour supérer la crise (ou stagnation) du capital, au moyen de réformes structurelles. Pour cela, elle approfondit l’économisme et le nationalisme entre les travailleurs, en créant les conditions pour la crise du prolétariat, et en minant, contradictoirement, les bases de son propre pouvoir à moyen terme – la mobilisation des masses.

Les crises cycliques et structurelles du capitalisme ne résoudent jamais les crises du prolétariat, qui, en ce moment historique, est loin de n’être qu’une crise de direction, mais c’est une crise des modèles d’organisation. En ce sens, les conditions subjectives sont des entraves pour une action autonome qui incide sur la crise du capitalisme et la transforme, de crise cyclique (résolue par la compétition et intervention bourgeoise), en crise révolutionnaire (résolue par la lutte et organisation politique et économique du prolétariat). De cette manière, devant les différentes crises du capitalisme, on ne réussira pas à rompre avec le cercle vicieux de l’intégration systémique ou désintégration cyclique, si on ne rompt pas avec les tactiques, la théorie et le programme de la révolution permanente.

Le fondamental, c’est que la reconstruction d’un syndicalisme de type révolutionnaire implique le combat, dans le centre, aux modèles de syndicat social-démocrate (ses formes d’organisation, tactiques et action), et dans la périphérie, des modèles hybrides (social-démocrates, corporativistes-fascistes, comme les existants au Brésil et au Mexique). Ces modèles de syndicalisme réformiste et d’État sont assis sur la bureaucratie syndicale et l’aristocratie ouvrière (comprise comme une couche de travailleurs mieux payés, cooptés par le système). Ainsi, nous pouvons dire que les anarchistes et les travailleurs ont deux ensembles de tâches immédiates : celles d’organisation et celles de lutte et revendication, profondément rélationnées entre elles. Pour implémenter d’autres revendications, il faudra combattre les organisations existantes et leurs directions, et pour organiser les travailleurs pour cela, il faut des revendications immédiates.

Dans ce sens, nous pouvons dire que la lutte contre la bureaucratie syndicale (de type charriste-péroniste-varguiste dans les pays de la périphérie) et social-démocrate, communiste et réformiste dans les pays du centre est une tâche et une dimension essentielle de la lutte des classes, pré-condition du développement de la conscience et de l’unité de classe, caractéristique de la ligne internationale de masses du syndicalisme révolutionnaire. La formation de ces bureaucraties syndicales et partidaires est un des effets du développement de l’étatisme, dans sa phase capitaliste monopoliste d’État, étant la tâche de la lutte de masses bakouniniste de conduire la lutte pour la rupture avec ses bases sociales et idéologiques. Comme part du développement de l’étatisme et du capitalisme il y a un effet fondamental : la pulvérisation et la fragmentation systématique de la classe ouvrière (en Amérique Latine, à travers les différents modèles de développement du capitalisme monopoliste d’État, comme le « péronisme » en Argentine, le « priisme » au Mexique et le « varguisme » au Brésil). Ainsi, la lutte contre le bureaucratisme et la bureaucratie est une tâche essentielle de la lutte contre « l’étatisme », pilier du système capitaliste-impérialiste.

La lutte contre les effets de la crise économique doit être combinée avec la lutte contre la crise d’organisation et de direction du prolétariat, et pour cela, il faut que nous ayons une ligne claire, politique et de masses. Les revendications immédiates sont une composante essentielle de cette ligne politique internationale, non seulement parce qu’elles visent mobiliser les travailleurs, mais parce qu’elles visent générer ou approfondir l’antagonisme des travailleurs avec le capital et l’État, et combattre la hégémonie des courants réformistes et conservateurs, qui aident dans le fonctionnement et la reproduction du système lui-même. Au même temps, ce programme est composé par des éléments qui visent présenter des propositions pour la lutte immédiate des travailleurs, en sa dimension économique, politique et de leurs conditions de travail et de vie (y inclus l’ambientale).
Notre programme revendicatif immédiat se subdivise en six axes généraux, qui doivent être appliqués aux différents pays à partir d’une analyse spécifique de leur structure de classes, histoire, principaux conflits et etc. Et doivent y être ajoutés des programmes nationaux spécifiques.

Programme de Revendications Économiques Générales (Rurales et Urbaines)

• Journées de travail de 6 heures sans réduction salariale en tous les continents ;
• Salaire minimum égal pour les travailleurs des entreprises multinationales en leurs pays d’origine et dans les pays où elles agissent, en toute partie du monde ;
• Salaire minimum régional pour tous les travailleurs basé dans le calcul du coût de vie de la région (continent ou bloc économique) et fixé en dollars ;
• Échelle mobile de rajustemen salarial pour combattre des effets de crises et l’inflation, et d’autres pertes salariales.

Programme de Revendications Économiques Indirectes (éducation, santé, logement, etc.)

• Auxílio-desemprego pendant deux, à la valeur du salaire minimum régional ;
• Expansion des systèmes d’enseignement publique et gratuit en tous les niveaux selon la demande de la population ;
• Obligation de part du système privé de santé de réaliser l’assistance émergentielle et essentielle à la population à bas revenus ;
• Indexation des loyers à une valeur maximum de 15 % du salaire minimum vigent en chaque pays ;
• Indexation de la valeur mensale du transport collectif pour qu’il ne dépasse pas les 10 % du salaire minimum en chaque pays.

Programme de Revendications Politiques Générales

• Liberté d’organisation, réunion, propagande ; combat aux bureaucraties, à la tutelle étatique et patronale ; autonomie des organisations ;
• Contrôle ouvrier sur la production et sur les nationalisations ;
• Libération des travailleurs en situation d’esclavage ;
• Annulation de toute législation restrictive à la liberté et à l’autonomie d’organisation syndicale et politique des travailleurs ;
• Amnistie pour les travailleurs criminalisés et pénalisés en raison de celles-ci ;
• Liberté pour les prisonniers politiques par motif de défense des droits des travailleurs et minorités opprimées ;
• Liberté d’organisation et de réunion dans le local de travail et d’accès à celui-ci des représentants légitimement reconnus par les travailleurs ;
• Liberté de propagande en tous les niveaux, garantissant l’accès aux moyens de communication de masse (qui sont des concessions publiques) ;
• Nationalisation sous contrôle ouvrier des secteurs stratégiques de l’économie, spécialement ceux des services publics ;
• Révocation des patents d’intérêt public (médicaments, etc.)
• Retraite immédiate des troupes étrangères de tous les pays occupés ;
• Retraite immédiate des troupes d’occupation interne de la province rurale des différents pays.

Programme de revendications agraires

• Distribution de terres pour les travailleurs ruraux et paysans ;
• Élimination de la plantation de cultures transgéniques et utilisation d’agrotoxiques ;
• Subsides pour la production des paysans ;
• Révocation des patents agricoles.

Programme de revendications économico-politiques antidiscriminatoires

• Protection des territoires amérindiens et de peuples natifs ;
• Subsides économiques pour la production des populations indigènes et natives ;
• Garantir leur droit effectif au système de santé et éducation publique ;
• Droit pour les immigrants de fixer résidence avec leurs familles dans les pays où ils travaillent ;
• Concession de citoyenneté aux immigrants qui sont employés en des conditions illégales comme compensation de la surexploitation ;
• Liberté et égalité de droits de manifestation culturelle et religieuse ;
• Salaire minimum égal à celui des hommes pour les femmes en toutes occupations ;
• Salaire minimum égal pour noirs, indiens, étrangers, etc. dans la même occupation que blancs, nationaux, etc. ;
• Licence-maternité rémunérée de neuf mois.

Programme ambiental

• Création de systèmes de traitement des résidus solides et liquides sous charge des entreprises et institutions polluantes ;
• Retraite de tous les dépôts de résidus de zones résidentielles des travailleurs et populations pauvres ;
• Création d’un vaste système public de traitement et collecte de résidus, financé par un impôt sur les coupables de crimes ambientaux ;
• Inclusion de l’éducation ambientale dans les écoles ;
• Punition pour les responsables par des crimes ambientaux avec confiscation intégrale de leurs investissements ambientalement dégradants.

Toutes ces revendications sont immédiates, c’est-à-dire, pour l’organisation et agitation entre les travailleurs. Au contraire de la ligne réformiste et nationaliste qui restreint les revendications économiques au minimum pour essayer de résoudre les questions par la conquête de l’État, ce programme élève les revendications à un autre niveau. Cette plate-forme de revendications vise créer les bases pour la reconstruction de l’Association Internationale des Travailleurs, c’est-à-dire, son objectif n’est pas la conquête du pouvoir d’État, mais l’affermissement du pouvoir associatif et de mobilisation des travailleurs eux-mêmes. Dans les locaux de travail et internationalement.

L’internationalisme n’est pas seulement un mot vague d’appui à des causes extérieures, mais il doit s’exprimer dans les revendications, dans la lutte et l’organisation des travailleurs en tous les pays. Dans les périphéries, par la capacité d’organisation des travailleurs pour l’extension des salaires et son équiparation avec ceux des travailleurs du centre, entre autres. Dans le centre, la discrimination se présente comme racisme contre les minorités, et dans les périphéries et semi-périphéries, par la discrimination des masses d’origine amérindienne et métisse (grande partie de l’Amérique Latine) et noire et métisse (cas du Brésil). Pour parler d’internationalisme, il faut combattre le racisme et la discrimination, ainsi que les idéologies bourgeoises qui mènent les travailleurs du centre à sacrifier ceux de la périphérie et semi-périphérie, et dans les périphéries, le secteur d’occupations « intégré/structuré » à se « différencier » des travailleurs intégrés dans la sphère inférieure du marché de travail, en alimentant l’illusion idéologique de proximité avec la « bourgeoisie » des premiers.

Cette lutte immédiate et ce programme revendicatif de masses ne présentent pas une relation de disjonction historique (comme le marxisme a postulé, une opposition entre l’immédiat et l’historique) avec le programme socialiste, au contraire. Ce programme vise préparer une partie, comme nous disons, une partie des conditions objectives et subjectives de la révolution socialiste, et sans cette préparation consciente et organisée, aucune révolution socialiste ne peut exister. La conquête et la réalisation en échelle internationale – même que dans un rythme inégal – créera non seulement les bases matérielles des nouvelles relations de production et pouvoir, mais des embryons des nouvelles formes de gestion politique de la société. Ainsi nous proposons aujourd’hui :

La méthode de reconstruction de l’Alliance et de l’AIT. Le diagnostic fait des forces du prolétariat dans l’actuelle conjoncture indique qu’il n’est pas possible de recréer immédiatement l’Alliance Anarchiste ni l’AIT. Mais l’expérience historique montre aussi qu’il faut avoir une politique de petits groupes qui entame la construction d’en bas vers le haut, c’est-à-dire, du local vers le national et international. En ce sens, la méthode de la construction sera d’instituer un Réseau Anarchiste International (RAI), avec une Coordination Exécutive ; celle-ci est composée provisoirement par les organisations fondatrices (UNIPA et OPAR), et celles qui adhéreront au bakouninisme ; les sections du Réseau étant créées par leur propre initiative. Les sections devront créer des fronts de masses dans les luttes des travailleurs de leurs respectifs pays, et dans ces fronts, agir sous la désignation générale de Tendance Classiste et Internationaliste (TCI).

Les Sections du Réseau seront responsables d’entamer et diriger les luttes économiques et politiques des travailleurs et de développer la lutte théorique et idéologique, en se préparant comme organisation révolutionnaire. L’unité théorique et idéologique concrète se donne dans la base de la plate-forme ; l’unité tactique se donne par la coordination concrète et l’application pratique du programme et de la stratégie, et de la coordination à travers la RAI ; cette unité est présentée par l’adhésion aux consignes internationales de la RAI et de la TCI.

Les sections locales de la RAI seront composées d’au moins 3 militants bakouninistes. Le rôle de l’organisation est de diriger les luttes, de les coordonner dans la base du programme socialiste revendicatif, et de développer la lutte théorique (ce qui implique d’approfondir la théorie bakouniniste) dans le plan local.

Le pas suivant, c’est la multiplication des sections en chaque pays et la construction d’un GPN (Groupe Politique Anarchiste National), qui sera une section de la future Organisation Internationale.

C’est le rôle de chaque section d’organiser ou intervenir dans les luttes des catégories occupationnelles des travailleurs, en essayant d’organiser des oppositions du type syndicaliste-révolutionnaire. La construction de la TCI se donnera par la construction de noyaux de travailleurs qui soient disposés à lutter pour les revendications présentées dans cette plate-forme, sous la forme d’oppositions (dans chaque catégorie occupationnelle) classistes et internationalistes, et doivent assumer le combat à la bureaucratie et aux formes de syndicalisme d’État dans les périphéries et semi-périphéries (en Amérique Latine, comme ceux qui existent au Brésil, au Mexique et en Argentine, de syndicats subordonnés à l’État) et de syndicalisme social-démocrate et mafioso dans les pays du centre (comme celui qui existe en Europe et dans les USA). Ces oppositions doivent amener aux travailleurs le programme revendicatif ici présenté et les organiser pour lutter pour sa réalisation.

Créer des oppositions aux syndicats et organiser les oppositions en prenant comme base l’organisation par local de travail de caractère interprofessionnel (unitaire) : cela implique d’ignorer les différences de catégorie et les discriminations générées par le capital, et d’organiser tous les travailleurs en des commissions dans les locaux de travail.

La structure de l’opposition doit être flexible, et avoir un noyau central de militants organisés de manière permanente et des formes d’organisation de base temporaires (Commissions de Base). Ces commissions doivent être créées et extinguées selon la lutte des Oppositions pour tenir compte des nécessités spécifiques de la lutte des classes.
Organiser les catégories des étudiants, en approfondissant la relation de cette catégorie occupationnelle qui est une catégorie de transition entre l’ambiance domestique et l’ambiance de travail. Différencier les origines de classe, l’objectif est garantir l’organisation des étudiants travailleurs.

Fédéraliser les oppositions des différentes catégories occupationnelles, en créant toujours un grand front autour du programme et de la stratégie de lutte (combat au nationalisme, à la bureaucratie, à l’étatisme, à la segmentation rurale-urbaine, entre les catégories occupationnelles, entre le prolétariat des différents pays). L’avancement dans le sens des grandes organisations (Confédérations) du type syndicaliste-révolutionnaire dépendra de l’évolution de la lutte des classes et de la capacité elle-même des organisations bakouninistes.

Unité d’action dans la lute des classes (grèves et d’autres mobilisations, mais sans abdication du programme révolutionnaire et revendicatif immédiat). Les alliances avec les autres forces politiques et organisations de travailleurs doivent être définies par une critérieuse analyse principiste et un bilan de ces questions.

La Grève Générale – entendue comme une paralysation de tous les secteurs économiques – est le principal instrument de lutte et organisation de la TCI. Cela ne signifie pas d’abdiquer d’autres formes d’action directe prolétaire, mais que cette forme est la principale. Le RAI est considérée comme forme embryonnaire de la future Alliance, ainsi comme la TCI est la forme embryonnaire de la future AIT. Le passage entre le stage actuel et le prochain, où la construction de ces organisations se mettra à l’ordre du jour dépendra du développement de la lutte des classes en chaque région et de la dialectique entre croissance du RAI et de la TCI.

Camarades. Nous devons donc avancer dans les tâches historiques que les grands révolutionnaires comme Bakounine, Makhno et Balius ont pointé. C’est une nécessité de la classe ouvrière. L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ! Ainsi nous soulignons notre appel à tous les anarchistes révolutionnaires, à tous les travailleurs conscients à se joindre à l’effort ici présenté.

L’anarchisme, c’est la lutte !

Patriotes de toutes les patries opprimées !

À bas la domination de l’homme par l’homme par la concentration des pouvoirs !

À bas l’exploitation de l’homme par l’homme par la concentration de capitaux !

Reconstruire l’Alliance et l’AIT-Historique !

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